intrigue deux
the blood tournament
Impurs, we welcome you. We salute your courage and your sacrifice... and we wish you... A Happy Blood Tournament ! And may the odds be ever in your favor.


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Mer 10 Mai - 21:21
Oblivion
Ambrose Archer ∞ Vega O'Hara


La bibliothèque de Carmello Lodge ne possédait aucun prestige, ni aucune renommée quelconque. Tout du moins, pas aux yeux du simple touriste lambda du district trois. La devanture datait d'une époque révolue, le panneau indicatif était minable, à moitié arraché de ses gonds et l'intérieur sacrément mal foutu. La pièce principale tenait d'ailleurs davantage du placard à Veracrasses qu'à un réel magasin, étroite, comme si un titan de l'antiquité avait décidé qu'écraser deux des murs se révélerait amusant. Les parois étaient cabossées, les livres et les bibelots biscornus s'entassaient en des piles labyrinthiques et aucun classement n'éclairait vos recherches – si vous vouliez quelque chose, il fallait le trouver, le gagner à la sueur de son front. Toutefois, de manière plutôt contradictoire, le bâtiment restait spacieux, puisqu'il comprenait trois étages qui s'étiraient vers le haut à l'infini – ou du moins, un sort le laissait à penser. Et le lieu était convenable en soi ; le parquet brillait de propreté et étrangement, un parfum de Tentacula vénéneuse, curieusement semblable à celui de la lavande, flottait à chaque palier.

Si l'endroit avait appartenu à un autre, Vega n'y aurait jamais posé la pointe précieuse de ses escarpins Jimmy Choo. Toutefois, elle avait passé dix-huit ans de sa vie à fréquenter des lieux de ce genre, des lieux où la magie noire embaumait l'atmosphère de ses tentations et ses dangers. Les bibliothèques obscures, les librairies farfelues, les magasins reniés et même les ventes sous cape lui étaient intimement familiers. Elle savait où chercher pour trouver tel ou tel objet, connaissait les rayonnages sur le bout des doigts et pouvait s'y déplacer les yeux fermés sans qu'elle ne trébuche sur la moindre racine mal placée.

Tout du mois, fut un temps où elle avait pu faire tout cela, sans remettre en doute ses capacités. Plus depuis qu'elle était rentrée, malheureusement : tout avait changé. Ou du moins, ses recherches avaient changé et malheureusement, les réponses qu'elle cherchait parmi les étalages lui faisaient à présent défaut. Elles la fuyait comme la peste et elle avait beau retourner tiroirs et étagères, secouer les vendeurs assez violemment pour les faire trembler dans leurs bottes crasseuses, rien n'y faisait. Elle ne trouvait pas comment remonter le temps, comment ramener sa fille.

Quelques mois plus tôt, elle avait abandonné ses recherches pendant un temps, lorsque le désespoir l'avait supplantée, mais elle n'était pas parvenue à oublier. Oh, elle le prétendait – elle était plutôt douée pour prétendre – et passait le plus clair de son temps plongée dans un déni enivrant mais parfois, elle trébuchait et retombait dans sa plus viscérale obsession. Aujourd'hui était un de ces jours. Elle avait trébuché. Sans même qu'elle ne s'en aperçoive, ses pas l'avaient directement conduite au marché noir, ses doigts fébriles s'étaient mis à chercher frénétiquement ce qu'elle savait n'être pas là, et à chaque fois qu'on lui avait demandé que puis-je faire pour vous, mademoiselle O'Hara ? Que dois-je vous apporter ?, elle avait menti, répondu qu'elle recherchait de quoi provoquer des feux douloureux qui ne laisseraient néanmoins aucune trace – pas même de mort – pour que la torture perdure plus longtemps. En général, le mot se répandait au deuxième vendeur, qui le faisait parvenir au troisième et ainsi de suite. Les questions cessaient donc rapidement et elle restait tranquille pour le reste de sa visite.

Si un des commerçants véreux l'avaient accompagnée au deuxième étage, peut-être qu'elle n'aurait pas réagi ainsi quand elle la vit. Les paumes crispées sur la rambarde polie, le menton fièrement relevé telle une reine, Vega observait la pièce du dessous, persuadée d'être passée à côté d'un indice, quand son regard capta la femme. Sa cape posée au creux du coude, elle se tenait de dos, face au vendeur. Un chemisier blanc tranchait difficilement avec sa peau extrêmement pâle et elle portait un pantalon rouge vif en accord. Ses cheveux blonds retombaient en cascades ondulantes sur ses épaules et sur le haut de ses bras ; sa conscience tiqua et son cœur manqua un battement de trop. Le même blond que le mien.

Et soudain, elle ne se tenait plus en haut des marches, dominante sur son piédestal en marbre, les paupières à peine relevées, ses pupilles calculatrices fixées sur le hall d'entrée. Happée par cette sensation de déjà-vu, projetée hors de son corps avec une brutalité sans précédent, elle se retrouva jetée en bas, sur le parquet craquant, le dos raide et les cuisses rougies par un sang damné. Elle pouvait se voir, comme si elle guettait la scène macabre d'une petite fenêtre qu'elle aurait ouverte dans un des murs creux de sa vie. Elle pouvait s'observer, immobile, perdre ce qui n'avait jamais pu devenir son bonheur. Elle aurait voulu hurler, crier à ce passé qui redevenait présent de fuir, de trouver de l'aide, mais ses cordes vocales saupoudrées de givre refusaient d'obéir. Un frisson au coin des lèvres, demeurant obstinément muette, elle devenait témoin de sa propre annihilation.

Elle porta une main à sa gorge, persuadée qu'elle allait devoir défaire les doigts qui l'enserraient sans pitié, mais ne trouva que de la peau brûlante et un pouls de dément. Alors que son cœur paraissait sur le point d'exploser, ses poumons s'étaient réduits à deux minuscules pois chiche et l'air commençait à cruellement lui manquer. Elle voulut bouger, avancer d'un pas leste jusqu'à la sortie, descendre les marches grinçantes, parler, rugir ; toutes ses tentatives devinrent un fardeau supplémentaire, s'écrasèrent sur son dos et ses épaules en une masse infecte. Elle sentit ses joues devenir trempées et se demanda si le plafond ne s'était pas effondré. Pourquoi pleuvrait-il à l'intérieur sinon ? Quel est ce nouveau sortilège ? Inconsciente de ses propres larmes, étourdie de douleur, toute force lui fut brusquement ôtée. Ses jambes cédèrent sous son poids – tu as pris du poids, Vee, tu devrais vraiment penser à maigrir... – et ses fesses heurtèrent violemment la marche la plus haute. De ce fait, la femme au pantalon rouge disparut de son champ de vision et si le souvenir s'évapora en même temps qu'elle, le résidu perfide de la voix d'Avery s'éternisa et la priva de toute résistance.

Elle se rendit compte qu'elle pleurait et écrasa les larmes traîtresses contre ses paumes tremblantes. Je vais bien. Je ne suis jamais partie. Je suis Vega O'Hara. Tout va bien. Psalmodies bien inefficaces contre le murmure lancinant d'Avery dans sa tête, contre les frissons glacés sur sa peau, contre la vérité reniée de son existence. Je vais bien. Alors pourquoi n'arrivait-elle plus à bouger, secouée comme un prunier dans son tailleur pantalon sur-mesure ? Pourquoi la douleur ne quittait plus son cœur noirci de pêchés ? Pourquoi ?
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Dim 14 Mai - 2:21
Oblivion
Ambrose Archer ∞ Vega O'Hara




Il marche la tête haute comme à son habitude. Rien dans son allure porte des traces d'hésitation. Il semble savoir où se diriger, ses pieds confiants parcourant le quartier comme s'il y avait grandi, comme s'il le connaissait depuis toujours. Pourtant, cette assurance n'est qu'imposture et seuls des yeux familiers et attentifs pourraient détecter la fourberie. L'espace d'une seconde d'hésitation à une intersection, les épaules légèrement voutés et le tapotement inconstant de ses doigts contre sa cuisse en mouvement ne sont que des subtils indices de la mascarade. On remarquera aussi aisément ses mains qui semblent vouloir ajuster sa cape à toutes les trois minutes, un geste à méprendre pour de la coquetterie qui indique en fait son inconfort vestimentaire. La tenue d'Ambrose Archer n'est peut-être pas la plus recommandée pour ses occupations du jour. Il est bien vêtu Ambrose, paradant dans une robe sorcière bleu marine qui met si bien ses yeux en valeur. Mais qui est sans doute trop sérieuse et qui crie peut-être trop fort statut d'homme fonctionnaire. Aurait-il dû se faire plus discret ? Y avait-il seulement un code vestimentaire à adopter lorsqu'on allait à la recherche d'objets à la nature douteuse ? La vérité est qu'il ignore complètement s'il se devait de passer inaperçu ou si la chose est à un point tel connue que la reconnaissance importe peu. Ce n'est pas sa tâche habituelle. Ce n'est pas un travail que l'on le lui confiait en temps normal Parlementer est sa force. Il est fin parleur, orateur hors pair et salaud négociateur.  Il sait jouer de ses charmes, attendrir les âmes les plus noirs et réussir à convaincre les têtes têtues. La manipulation des mots n'a pratiquement aucun secret pour lui et son jugement impeccable sait reconnaitre une négociation perdue pour battre à la retraite.  Habituellement, on l'aurait envoyé pour faire sérénade, être remarqué et non ignoré.  Pas aujourd'hui. Aujourd'hui il enfile le rôle de messager, faute d'avoir sous la main ceux qui s'occupent de cette tâche. Aujourd'hui il doit s'effacer, effectuer le travail demandé en ouvrant sa bouche le moins possible.

La tâche demandée est sans complexité et c'est cette facilité qui l'avait poussé à accepter de bon gré de s'aventurer dans le territoire O'Hara.  Une autre requête l'aurait fait hésiter, le refus au bord des lèvres, car Ambrose avoue sans gêne ne pas connaitre grand-chose à la magie noire. Il connait les grandes lignes, connait les mains mises des Archer et les avantages de participer au trafic illégal. Il se tient informé, connaissant l'utilité d'avoir des acquis dans le marché, mais là s'arrête son implication. S'il avait acquiescé, c'était bien seulement par générosité sous un regard implorant.  Et puis, il pouvait bien rendre ce service. Après tout, trouver un simple livre dans une bibliothèque n'est un travail bien exigeant, n'est-ce pas ?

Ce n'est qu'une fois les portes de la bibliothèque de Carmello Lodge  - qu'il avait d'ailleurs fini par dénicher qu'après une trentaine de minutes de recherche -  traversées que l'Archer comprend son erreur et maudit sa bienveillance. Derrière la devanture saccagée par le temps, une pagaille sans nom envahie l'espace. À quand datait le dernier rangement ? Ambrose doute que l'on se soit un jour donné cette peine.  L'encombrement est tel qu'il n'arrive à distinguer plus de deux mètres devant lui, les étagères se présentant dans son champ de vision sans symétrie, des milliers d'ouvrage jonglant murs et planchers.  L'endroit l'étouffe, lui qui est habitué à la simplicité se sent subitement pris d'un étrange malaise. L'étourdissement de l'inconnu. L'inconfort qui s'agrippe, étrangle le perfectionniste.   Ambrose inspire, un soupire qui ne trouve pas tout à fait le bout de ses lèvres et le mal s'évanouit aussi rapidement qu'il était venu.  Quitter. Refiler la besogne. L'envie se pointe, le tiraille. Et pourtant, une fascination, une curiosité qui ne le fait reculer, le pousse à s'aventurer dans cet antre malmené bien conscient qu'il ne ferait que s'y perdre, que rien de bon en ressortirait.
[…]

Ambrose peste silencieusement, son pied endolorit après une énième rencontre avec objet contondant mal placé. Il est perdu. Il s'est perdu. Pas vraiment. Parce qu'il n'a jamais été trouvé, n'a jamais vraiment été sur le bon chemin dès le moment qu'il avait mis les pieds dans le lieu. Il ne se donne même plus la peine de chercher, sait avec certitude qu'il ne ferait qu'y perdre sa journée. Il déambule dans la décadence regrettant d'avoir refusé l'aide offerte par un vendeur. Il n'avait osé, conscient du poids des secrets et des vérités, le pouvoir qu'une information pouvait accorder.  Il ne pouvait questionner sur l'objet recherché, ne pouvait prendre le risque de dévoiler les intentions des Archer.  Alors il n'avait rien dit et maintenant il avait abandonné. Il va refiler la tâche à plus approprié, à un habitué qui sait se retrouver. Pourtant, pour le moment, il préfère rester perdu. Le temps file, déguerpis sans qu'il en soit conscience, mais il est trop fasciné et irrité par l'âme obscure de la bibliothèque pour songer à partir.

Le bout de ses doigts effleure les pages de bouquins sur son chemin, ses yeux se posent sur les titres à demi-effacé et quand il pose son regard sur l'escalier, l'Archer sait déjà qu'il ne peut faire demi-tour sans avoir déniché quelques secrets de cet endroit atypique. Ambrose n'y fait que poser un pied et déjà les marches ne lui donnent guère confiance. Son poids fait craquer les lattes bruyamment, une plainte aigüe qui surgit comme si elles supportaient le mal du monde. Ambrose ne regarde pas vers le haut, trop intrigué à observer le lieu, immobile sur son piédestal. Alors, il ne la voit pas tout de suite. Il ne la voit pas venir à lui. Il ne fait qu'entendre le bois qui grince et le claquement de talons qui cherchent appui. Ambrose ne la voit que lorsqu'il lève les yeux vers le second étage. Une forme humaine, une loque ravissante au loin, qui titube, qui se balance dangereusement, inconsciente, avant de s'effondrer au haut des marches. Et il entend le sanglot, la plainte presque silencieuse qui se répand jusqu'au bas de l'escalier.  

Il n'y a pas d'hésitation. À peine. Ambrose Archer qui n'est pas chevalier, mais dont le cœur est vide de pierre, n'hésite pas à franchir les quelques pas qui le sépare de l'être désemparé. Plus il s'approche, plus il monte, plus la forme se dessine en prenant l'apparence d'une femme esseulée. Il s'arrête pourtant, trois planches plus bases, un instant, incertain d'être bienvenu. Compassion se chamaillant avec l'intimité. Mais il est curieux. Mais il veut aider.

Ce bref instant lui permet d'observer. Et de reconnaître.

Sentiment de déjà-vu, le passé brouillant le présent et la femme qui se fait soudainement gamine insolente. La Reine. La peste. Il sait sans même voir complètement son visage. Il sait malgré les larmes et les yeux rougis. Il la reconnait pour l'avoir maudit. Pour l'avoir haï. Vega O'Hara. Le nom est dévoilé sans sentiment.  Son ton est neutre et impersonnel. Ambrose qui est plus bas, mais qui semble maintenant observer de haut. La compassion ressentie un moment plus tôt se perd dans les méandres d'une colère lointaine. Mais elle ne disparait pas, pas complètement, le rend confus. Ne peut-il juste pas la haïr ? Partir. Ou rire du malheur. Ne pas se soucier. Mais il ne peut pas, ne sait pas quoi faire exactement. Alors il reste là, bras ballant, observant et malgré tout il ne peut, ne peut vraiment pas empêcher la satisfaction malsaine qui le parcoure. N'est-ce pas une étrange coïncidence O'Hara ? Une étrange ironie que ce soit toi au sol, et plus moi ? Les paroles déboulent sans qu'il en soit vraiment conscient. Les mots sortent froidement, presque étranger à lui-même. Mais sans moquerie. Juste amèrement.




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AN END
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Dim 14 Mai - 15:58
Oblivion
Ambrose Archer ∞ Vega O'Hara


Prisonnière d'un navire voué au naufrage, malmenée par les flots colériques d'un océan déchaîné, Vega tanguait, tremblait, sentait son cœur se jeter contre sa poitrine, avide de liberté, comme les maux de l'humanité avaient tenté de s'extraire de la boîte de Pandore dans l'antiquité contée d'Hésiode. Ses doigts, encore fermement agrippés à sa gorge, glissèrent et s'accrochèrent à sa chemise, puis à sa peau dessous, avec la ferme intention d'arracher la douleur sans nom de sa chair. Ne trouvant que tissu et fantômes insaisissables, elle porta ensuite ses mains à son visage, buvards de larmes inconscientes. Peut-être qu'elle ne fouillait pas au bon endroit. Si elle ne pouvait trouver le moyen de ramener son enfant, peut-être devrait-elle chercher le moyen de l'effacer de sa mémoire ? Elle, Avery, tout. Dix années qui s'envoleraient en de longues volutes de fumée âcre, noire et toxique. Cette simple idée la fit rêver, puis suffoquer, comme si elle respirait déjà ces nuages sombres de souvenirs et de nouveau, l'oxygène vint à lui manquer, ses pensées s'emmêlèrent, s'étalèrent et un frisson l'agita de la racine de ses cheveux blonds à la pointe de ses pieds.

Noyée dans sa propre angoisse délétère, elle n'entendit pas les marches craquer sous le poids d'un témoin hostile, ne reconnut pas le silence pesant annonciateur de nouvelles malédictions. Ne bondit qu'à la voix grave, qui déchira brusquement le fin voile de la bulle dans laquelle elle s'était enfermée à la vue de la femme en rouge. « Vega O'Hara. ». Son identité claqua dans l'air sec comme un coup de fouet. Prononcé avec toute l'indifférence du monde, elle eut pourtant l'impression qu'on venait de l'insulter – O'Hara, discret assemblage de consonnes et voyelles qui résonnèrent dans son crâne comme rebut des sorciers. Sa carcasse recroquevillée sursauta, puis s'étira ; elle déplia sa colonne vertébrale en plomb, releva son visage d'une pâleur lunaire vers le propriétaire de cette voix – qui lui avait semblé à la fois lointaine, et profondément familière – et découvrit un homme la dominant de toute sa taille.

Le blanc des yeux strié de minces filets écarlates, le regard cerné du noir de son mascara et des perles humides encore brillantes sur ses longs cils ; les larmes avaient porté au doux visage de Vega des dégâts considérables. Elle devait avoir l'air minable d'une adolescente prise en faute. Et pourtant, la confusion dans son regard quant à l'identité de l'importun exprima un mépris violent, quoique involontaire. Il lui fallut quelques secondes pour remettre un nom sur les cheveux blond cendré, sur le bleu glaçant qui l'observait sous des sourcils froncés. Ambrose Archer.

Le sol s'ouvrit sous ses pieds et Vega bascula dans le gouffre de son adolescence. On fourra soudain dans ses bras une poignée de souvenirs aussi lourd que des billes en plomb et elle dut lutter pour ne pas vaciller, emportée par le poids conséquent. Les rires narquois. Les blagues qui n'en étaient pas vraiment, cruelles machinations de gamins frappés par l'ennui et l'arrogance. Les humiliations, portées par des surnoms avilissants, des crasses publiques et un dédain évident. Tout un groupe tourné vers un seul, isolé, vulnérable aux attaques qui provenaient de tous côtés. Instigatrice de ses propres jeux – version modérée des Bloods Tournaments – elle y avait veillé, elle avait cherché à le détruire, à en faire le bouc émissaire de toute une maison. Pourquoi ? Principalement parce qu'elle le pouvait.

Et puis, ses paroles trop fébriles et ses actions peu convaincantes de Serpentard avaient fait de lui l'orvet parmi les vipères, les cobras et les pythons. Brebis galeuse du troupeau de monstres en devenir. Malgré la pureté qui sillonnaient ses veines couronnées de bleu, il n'avait pas eu les tripes nécessaires – ou plutôt, il avait manqué de cruauté, de vices – pour faire partie intégrante de la maison des vert et argent. Et Merlin, elle lui avait fait payer cet affront au centuple.

Avant de le repayer elle-même, bien plus qu'il ne pourrait jamais l'imaginer. La révélation lui tomba sur le cou avec le tranchant d'une guillotine française. Elle cilla, une nouvelle larme glissa jusqu'à son menton, d'où elle tomba. Ce qui m'est arrivé, je l'ai mérité. Je l'ai cherché. Elle avait vécu les rires persifleurs, les humiliations, la violence inouïe des mots – puis des coups. Elle savait à quel point ils pouvaient être destructeurs sur une personne isolée. De bourreau, elle était devenue victime de ses propres méfaits.

« N'est-ce pas une étrange coïncidence O'Hara ? Une étrange ironie que ce soit toi au sol, et plus moi ? ». Ses paupières papillonnèrent de nouveau mais, cette fois, au lieu de l'assommer, la voix l'électrisa, la réveilla. Ambrose Archer. Ennemi de sa famille, l'une de ses anciennes victimes ; elle n'avait pas le temps de s'appesantir sur sa culpabilité nouvelle, sur les réminiscences de vie qui la hantaient, elle se devait de protéger son nom, son honneur. Se protéger elle-même, d'éventuelles menaces ou de chantages. Retrouver sa force, son attitude. Ne pas lui laisser penser qu'elle pourrait se montrer vulnérable à ses attaques. Lui prouver que sous son minois ravagé se terrait toujours le Cerbère, gardien de la porte des Enfers, celui qui ne grognait jamais mais qui attaquait, sans prévenir, féroce colosse à trois têtes.

Elle s'accrocha aux mots qu'il venait de prononcer, à la colère qu'ils auraient pu faire naître, avant, à Poudlard et enfila son vieil ami, le masque d'acier de Reine des garces. Puisant dans ses dernières forces, elle poussa sur ses pieds, se releva et se dressa de toute sa hauteur devant lui. Elle tangua légèrement mais elle s'accrocha à la rambarde et souleva fièrement le menton. Comme il se trouvait trois marches en-dessous, et ce même s'il était plus grand qu'elle, c'était à présent à son tour de le dominer. Ses lèvres se parèrent d'une ombre de sourire féroce et elle annonça d'une voix basse et polie : « Même si je me retrouvais enterrée sous des millions de kilomètres de fange, au cœur de la Terre, et que tu devenais soudain Roi des Fous ici par un quelconque miracle, même si je me changeais en crapaud et toi, en colombe, tu ne serais toujours pas à ma hauteur, Archer. ». Ses cuisses tremblèrent, encore faibles, et ses doigts se crispèrent sur le bois lustré. « Tu ne l'as jamais été et ne le seras jamais. », conclut-elle, ultime référence à leurs années scolaires. Dans sa tête, elle eut un rire silencieux. À la hauteur de quoi ? De sa perfidie, de son imagination cruelle, de ses déboires insensés ? Tant mieux pour lui.

Elle chancela pour de bon, bascula légèrement et posa un pied sur la marche du dessous pour retrouver son équilibre branlant, réduisant l'écart entre eux. Encore un peu et il la dépasserait de nouveau. « Mais tu dois le savoir, n'est-ce pas ? », reprit-elle d'une voix plus mielleuse, à la fois douce et charmeuse – terrible contraste avec ses tremblements et sa pâleur. « Sinon, pourquoi venir sur mon territoire ? Peut-être as-tu besoin d'aide ? ». Elle souleva un bras et l'approcha de son épaule. Fit mine que c'était davantage pour appuyer ses propos plutôt que pour se retenir au cas où ce qui lui restait d'énergie lui filerait entre les doigts, puis épousseta le col de sa cape. Je dois retourner la situation. « Je pourrais t'obtenir tout ce que tu veux. Il suffit de demander poliment. », conclut-elle avec un sourire affable. Après tout, il devait bien y avoir une raison à sa venue dans une telle boutique. Et elle se sentait d'humeur à marchander. Son silence contre son aide, s'il en voulait.
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Ven 19 Mai - 4:02
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Ambrose Archer ∞ Vega O'Hara




Le passé qui tremble, s'emprisonne et se perd dans le présent. Il n'est plus gamin. Les souvenirs le ramènent à cette identité, disparu l'homme, redevient enfant sans dessein.  Embrouillé par des scènes à oublier, une colère qui avait disparu dans la brume et qui refait surface comme si elle ne l'avait jamais quitté.  Il a grandi pourtant. N'est-ce pas ? Quelques centimètres, un soupçon d'arrogance gagné, une bassesse détalée. Il est immense maintenant, ne courbe plus l'échine, se fait fier et respecté. L'enfant sans confiance balayé par le temps qui se retrouve soudainement confronté à sa faiblesse de ses jeunes années. Il tremble. Colère. Pitié. Sentiment contradictoire. Poing serré, sourcil froncé, statue marbre à l'expression taillée dans la pierre.  Il devrait être au-dessus de tout cela. Passe ton chemin Ambrose, elle mérite aucune attention. Elle ne mérite rien, pas même un regard. Bouge. Émotions connes, rancœur enfoncée. Il reste. Fige. Comme dans le temps. Il la déteste pour cela. Il n'a jamais vraiment su lui faire face. Pas à elle. Il pouvait crier contre le monde. Hurler ses désaccords. Il savait se faire roi, se faire prince déguisé. Il savait se faire aimer. Savait encore mieux se faire détester. Il savait être remarqué. Il était toujours quelqu'un. Pas devant elle. Il redevient ce sale môme qui ferme sa gueule. Il encaisse les souvenirs en silence comme il encaissait les insultes. Elle réussit encore à l'avoir, cette O'Hara. Elle l'emprisonne dans son emprise, envoûtante à la détester. Il sait tout ceci, en a terriblement conscience. Alors pourquoi restes-tu là Ambrose ? Fout le camp et va crier au monde que la belle Vega n'est que larme de misère. Que la belle est affreuse, les yeux rougis et les cheveux en bataille. Qu'est-ce que tu attends Archer ?

Il ne bouge pas le con. Il ne va pas hurler victoire, ne va partir de sales rumeurs. Il se croit un instant au-dessus de tout ça. Il n'est pas comme elle. Mais la vérité le rattrape, parce qu'il sait, a conscience qu'il est très bien capable de se faire tout aussi vipère. Il ne prêche pas la bonté Ambrose. Il ne voit pas le monde en rose, ne l'imaginer pas vertueux. Il ne l'est pas. Ne l'est plus. Elle avait travaillé fort pour qu'il devienne ainsi. Oh oui, elle l'avait façonné, à le traiter de faible, à réprimander son manque d'audace. Elle l'avait remodelé, lentement, mais sûrement, non à son image, mais en une terrible version haineuse. À le piétiné, revanchard il s'était relevé.  Plus déterminé, plus fort. Adieu le gamin au sol qui acceptait sans un mot les cruelles tyrannies de semblables. Inconscience des persécuteurs. Ne savaient-ils pas qu'une fois au fond du trou la seule chose à faire était de grimper et s'acharner au mieux pour retrouver la liberté ?

Ambrose se permet alors de savourer l'instant. Juste un instant. De la voir au sol, moins que rien. Il l'observe de haut, l'écho du passé qui l'attrape, une blonde narquoise le traitant de renégat maintenant clouée à ses pieds.  Lui qui avait tout fait pour oublier, il revoit soudainement les souvenirs s'abattre violemment. Souvenirs douloureux, humiliation et solitude. Il ne tente pas aujourd'hui de les cacher, ne tente pas les enfouir pour mieux les oublier. Au contraire. Il les prend, les observe de loin, en témoin.  Parce qu'il n'est plus le martyr. Il n'est plus ce gosse vulnérable. Elle n'a plus de pouvoir sur lui. Elle ne peut plus lui faire de mal. La reine déchue de son trône qui gît parmi les détritus des révoltés. Même si elle relève la tête haute, même si elle redresse l'échine, elle a perdu son élégance. Elle ne peut plus s'élever comme elle le faisait autrefois. Elle est seule maintenant. Comme lui-même l'avait été dans le repère des serpents.

Il la voit enfiler son masque. Il admire la persécutrice refaire surface lentement lorsqu'elle prend finalement conscience de qui il est et du pouvoir qu'il possède. La femme revêtit son visage d'adolescente, froide dans toute sa splendeur, insensible dans ses mensonges. Autrefois, il craignait ce regard. Aujourd'hui, il se fait indifférence. Il est même satisfait, satisfait de voir qu'elle se sent obligé de revêtir ce masque. Elle le craint. Et elle se protège. Alors Ambrose ne se sent pas menacé, bien qu'elle le dépasse maintenant et l'observe à son tour de haut.  Il sourit, presque. Un simple rictus en coin qui crie qu'il n'est nullement impressionné par son discours et sa prétention. Parce que les larmes sur les joues de la princesse sont encore humides. Parce que le sourire féroce qu'elle lui offre n'est pas plus aussi menaçant.  Il se surprend lui-même. Pas de colère. Ni de haine face aux mots. Seulement lasses du jeu qu'elle tente de renouveler. « Tu crois sincèrement que je désire être à ta hauteur ? Il ne rit pas de l'hypothèse, ne se permet qu'un sourcil surpris. Que je désire me faire persécuteur pour mieux m'élever ? Que je vais te piétiner pour me faire maître ? Ne comprends-tu donc pas que je préfère être mille fois le crapaud que d'être une colombe de te trempe ? Tout le monde ne cherche pas la splendeur O'Hara. Garde ton royaume, je ne le désire pas. Tu peux te faire reine autant que tu le souhaites, mais ne croit certainement pas que je t'envie, bien au contraire. »  Cette voix posée. Cette voix d'homme sage qui a grandi et qui a compris avec le temps que l'envie était une perte de temps. Il avait construit son propre château, se complaisait le sillage d'hommes plus grands que lui. Il ne cherchait plus la grandeur, mais au contraire, aspirait de l'accorder à quelqu'un.  Oui, le gamin ignorant ne jouait plus à ses jeux d'enfants. Et c'est un regard plein de pitié qu'il posa sur la blonde. N'avait-elle pas compris que le monde n'était plus des méchancetés écolières ?

Étrangement, il doit se faire violent pour ne pas lui venir en aide en la voyant chanceler. Ambrose croyait qu'il aurait plus d'amertume envers elle, envers son ancienne tortionnaire. Il croyait que la colère le rongerait et que la haine l'aveuglerait.  Un bref instant, en le voyant, il avait ressenti tout ça. Merlin qu'il l'avait détesté des années durant ! Mais elle prenait doucement le visage d'une étrangère. Une étrangère perdue prise dans ses anciennes habitudes. Elle faisait peine à tenter de se faire mielleuse, à mettre toutes ses forces dans un apparat alors que son corps menaçait de lâcher prise. Il ressent de nouveau de la frustration. Elle qui marchande en le croyait aveugle. Elle qui se fait tentatrice en espérant qu'il oublie et qu'il se fasse sans cœur comme elle l'avait été. Mais il n'est pas elle, ne le sera jamais.

Frustré devant cette comédie, Ambrose l'empoigne fermement. Il la sent se soutenir à lui et sans hésitation il la prend par la taille, stabilise la chaire pâle tombante. Affaibli, leur tête se retrouve finalement à niveau, ses yeux perçants à quelques centimètres de ceux redoutables de la blonde. Il s'avance davantage, bouche près de son oreille, la voix sifflante. « À quoi joues-tu O'Hara ? »  Il ne la ménage pas, mais doucement, d'une poigne sûre, il l'oblige à s'asseoir sur une des marches. Il ne permet aucune résistance, se fiche bien de qui elle est et de ce qu'elle lui a fait subir. Il ne va pas la laisser s'effondrer devant lui. Ambrose s'agenouille devant elle, égal à égal, bien qu'il sache pertinemment qu'il détient encore du pouvoir. Après tout, elle ne serait pas en train de négocier si ce n'était pas le cas. « Qu'est-ce qui te fait croire que j'ai besoin d'aide ? De ton aide ? Il ne dit pas que l'offre est allégeant. Ne peut se permettre qu'une O'Hara fouille dans les affaires des Archer. Je ne suis pas celui qui semble en détresse pourtant. Est-ce si terrible pour toi que l'on sache que la princesse est capable de larmes ? » Menaces ? Elle pourrait bien le penser. Mais Ambrose ne voulait pas se laisser berner aussi facilement.

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Lun 22 Mai - 23:29
Oblivion
Ambrose Archer ∞ Vega O'Hara



Sa tirade, inefficace écran de fumée, traversa l'ancien Serpentard tel un fantôme. Sur son visage, aucune des vieilles expressions qu'elle réussissait auparavant à faire naître n'apparut et l'immobilité la plus totale figea son corps. Il ne se recroquevilla pas, se fit presque plus grand encore qu'il ne l'était déjà. Ne grimaça pas non plus, se contenta de sourire. Un sourire en coin, voilé d'un mépris nouveau, qui l'acheva bien plus que n'importe quelle autre répartie. Le pouvoir qu'elle avait un jour détenu sur Ambrose Archer lui glissait entre les doigts, eau trouble, marécageuse, et elle avait beau serré les poings, ne lui restait plus aucune goutte dans le creux des paumes. Il sait. Il a compris qu'il ne me reste plus que du toc. Que mon masque des garces est en porcelaine et que les craquelures qui le parsèment sont fragiles, dangereuses, qu'elles peuvent décider de m'abandonner à tout instant. A-t-il également deviné que, sans lui, il ne me reste vraiment plus rien ?

« Tu crois sincèrement que je désire être à ta hauteur ? », l'interrogea-t-il et l'absence de sarcasme ou de rancœur, qui rendait cette question bien réelle lui creva le cœur. « Que je désire me faire persécuteur pour mieux m'élever ? Que je vais te piétiner pour me faire maître ? Ne comprends-tu donc pas que je préfère être mille fois le crapaud que d'être une colombe de te trempe ? Tout le monde ne cherche pas la splendeur O'Hara. Garde ton royaume, je ne le désire pas. Tu peux te faire reine autant que tu le souhaites, mais ne croit certainement pas que je t'envie, bien au contraire. ». Persécuteur. Piétiner. Maître. Entre ses lèvres, les mots s'aiguisèrent, devinrent des flèches qu'elle ne parvint à éviter. Chacune d'entre elles se nicha entre deux côtes, plantée dans cette pompe qui lui permettait encore de fonctionner. Fut un temps lointain – trop proche – où de telles paroles l'auraient flattée, peut-être même légèrement fait rire. Bien sûr que oui, tout le monde cherche à s'élever. Menteur. Mon royaume, tout le monde le voudrait. Aujourd'hui, elle savait qu'il n'en était rien. Son royaume tombait en ruines, de l'époque glorieuse ne restaient que des vestiges croulants ; elle y avait froid et elle s'y sentait seule.

Et la rage désespérée, brutale, mordante, qu'elle éprouva lorsque les yeux sombres d'Ambrose se parèrent de pitié lui coupa le souffle, la priva de paroles. Pourquoi éprouvait-il soudain le besoin de changer leurs règles, de bouleverser l'équilibre ? Il n'en avait pas le droit. Comment tenir debout si on retirait le sol sous ses pieds ? Et comme rester les pieds sur terre, s'il aspirait toute la gravité dans ses poumons d'acier ? Voleur d'équilibre. Impertinent. Elle qui s'était toujours sentie puissante en sa présence – notamment parce qu'elle lui dérobait la sienne – se retrouvait à présent faible créature, vulnérable O'Hara.

Sous son corps trop fin, ses jambes tremblèrent. Ses doigts frôlèrent la cape du jeune homme, prête à s'y raccrocher s'il le fallait, mais elle n'en eut pas l'occasion. Sans qu'elle n'y soit préparée, une des mains d'Ambrose se posa fermement contre sa hanche pour la stabiliser. Surprise, le contact la déstabilisa assez pour qu'elle se braque et que son pied glisse sur la marche du dessous. Par réflexe, elle se retint à lui, ses doigts glissant dans son cou, contre les courts cheveux à la base de sa nuque. Le bras de l'Archer vint se caler dans le creux de ses reins pour la maintenir en place et, aussitôt, leurs visages se retrouvèrent proches, trop proches, le bout de leur nez se touchant presque. Le regard franc, direct, de celui qui était devenu homme la transperça et elle se sentit trembler davantage.

« À quoi joues-tu O'Hara ? », siffla le serpent contre sa joue. Alors qu'elle captait très nettement son souffle chaud effleurer son oreille lorsqu'il s'inclina vers elle, le sien devint court. Ses poumons expirèrent tout oxygène et elle s'en retrouva étourdie. Elle inspira profondément et sa poitrine s'écrasa contre le torse du Serpentard. Trop proche, l'Archer. Trop proche, l'ennemi. Elle se raidissait déjà, reprenant ses esprits, comptait même exiger qu'il la relâche immédiatement, lorsqu'il s'écarta légèrement. Sans toutefois la lâcher, il la poussa d'une main ferme à s'asseoir et si une partie d'elle le maudit pour reprendre les rênes aussi aisément, l'autre se retrouva soulagée de ne plus avoir à supporter le poids de son corps sous les souvenirs de plomb.

L'orgueil qui cimentait ses veines voulut toutefois la pousser à se relever, à reprendre de la hauteur, parce qu'elle ne voulait pas qu'il la toise de haut, comme elle l'avait elle-même souvent fait. Néanmoins, il ne se releva pas. Resta agenouillé, son visage bien en face du sien. Ses yeux trop bleus plantés dans les siens, trop rouges. « Je te retourne la question, Archer. », murmura-t-elle. Un pli léger creusa son front, signe d'incompréhension. « Tu me détestes. Tu es censé me pousser dans les escaliers avant que je n'en ai moi-même la chance. Tu es censé m'achever, pas- ». Elle s'arrêta – m'aider – incapable de prononcer le mot qui prouverait à Ambrose qu'elle lui en devait une.

Elle qui se targuait toujours d'être une intellectuelle, une savante à la culture bien pesée, elle ne comprenait pas. N'arrivait pas à se défaire de cette impression à la fois terrible et merveilleuse que l'ancien Serpentard n'était pas celui qu'il aurait dû être. Sous ses yeux rougis, les esquisses d'une énigme se crayonnaient faiblement. Ambrose Archer devenait un mystère. Les rouages de ses pensées avaient beau s'agiter en tout sens, tourner inlassablement pour découvrir le fond du problème, elle ne parvenait pas à une conclusion satisfaisante. Avec ce qu'elle lui avait fait vivre – subir était d'ailleurs un terme sans doute plus exact – il aurait dû lui cracher dessus, profiter du fait qu'elle soit en équilibre au bord de ce gouffre abstrait pour l'y pousser. Il aurait dû se moquer, attaquer. Lui jurer qu'il ne la laisserait jamais oublier cet épisode. Et elle aurait mérité chacune de ces choses. Si elle était véritablement restée l'adolescente cruelle qu'elle avait jadis été à Poudlard, elle, l'aurait probablement fait. Alors, pourquoi est-ce qu'il ne faisait rien de tout cela ?

« Qu'est-ce qui te fait croire que j'ai besoin d'aide ? De ton aide ? ». Rire bref, qu'elle accompagna d'un mince haussement de sourcil dubitatif. Seuls les désespérés entraient dans cet endroit, ceux qui se lançaient à la recherche d'une chose impossible à trouver. La venue d'Ambrose Archer chez Carmello Lodge n'avait rien d'une visite de courtoisie ou d'un passage curieux ; elle pouvait donc l'aider à son tour. Et leurs ardoises redeviendraient vierges. Autant qu'elles pouvaient l'être, au vu de leur histoire commune. « Je ne suis pas celui qui semble en détresse pourtant. Est-ce si terrible pour toi que l'on sache que la princesse est capable de larmes ? ». Cette fois, son rire se para d'ombres plus amères, plus tranchantes.  « Terrible ? Dans quel monde vis-tu, Archer ? ». Ici, chaque famille s'engouffrait dans la moindre brèche pour saisir la chance de renverser l'autre. Allié. Ennemi. Peu importait. Les jeux de pouvoir étaient égoïstes, opportunistes. Et malgré ce qu'il en disait, celui qui lui faisait face n'échappait pas à la règle. Se redressant, les épaules raides, elle ajouta d'une voix blanche : « Et je ne suis pas en détresse. Dis-moi ton prix. ». Deux phrases pour une subtile contradiction.
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Ven 9 Juin - 20:07
Oblivion
Ambrose Archer ∞ Vega O'Hara



Devant cette faiblesse inespérée d'une ennemie, devant ce spectacle inattendu, Ambrose se sent pourtant pris au dépourvu. Divertissement prié, témoin désillusionné. Il ne sait quoi faire, quoi dire. Insultes au bout des lèvres qui refusent de se dévoiler. Il ne sait pas non plus partir. Ignore pourquoi il reste. Vega O'Hara prend soudainement une importance qu'il avait toujours refusée de lui à accorder. Il gravite autour de la vipère sans savoir comment s'arracher de cette emprise involontaire. Méprise. Curiosité. Elle n'aurait pas dû être là. Elle n'aurait pas dû s'effondrer devant lui. Pourquoi elle ? Pourquoi lui ? Pourquoi maintenant ? Que devait-il faire ? La réponse aurait dû être facile et les actions déjà posées. Il devrait la laisser là, seule, misérable comme il l'avait tant souhaité la voir des années auparavant. Il devrait aller crier au monde les nouvelles de cette déchéance. Il ne devrait pas négocier. Il ne devrait pas avoir de quelconques sentiments. Il la déteste. Il se fiche bien des peines qu'elle tente de camoufler. Il déteste son nom et tout ce qu'elle représente. O'Hara. Maudit soit ce patronyme parce qu'il l'avait toujours honni. Maudit soit les traitres, ceux qui ont dérobé le pouvoir des Archer. Maudit Vega O'Hara, celle qui s'est jouée de lui tout simplement parce qu'elle se croyait en droit de le faire.

Oui, maudit soit-elle, cette femme dont la vision désempare Ambrose. Il devrait profiter du moment, savourer victoire. Il n'en fait rien, étranger à lui-même, scène improbable que même la belle constate. « Tu me détestes. Tu es censé me pousser dans les escaliers avant que je n'en ai moi-même la chance. Tu es censé m'achever, pas- » L'aider ? C'est bien ce qu'il fait n'est-ce pas ? Vega ne comprend pas. Lui non plus à vrai dire. Pourquoi ne pas l'achever ? Il le devrait. Il sait y faire. Il l'a déjà fait. Il ne serait pas dans une aussi bonne position au ministère s'il avait toujours été compatissant devant quelques traces de larmes. Il a tenu tête à des ennemis plus puissants. Il a mis en pièce des fraudeurs de la manipulation. Il a piétiné certains qui refusaient de se soumettre. Il en est capable. Il n'est pas saint, a appris à se faire impitoyable, sait que sentiments et politiques sont incompatibles. Alors, il le pourrait, aisément. Partir. L'abandonner. Savourer victoire et saliver rumeur promettant de faire rage. Fuir. La piétiner. Un mouvement, victime déjà au sol. Un mouvement, la tortionnaire décimée.

Il ne le fait pas. Ambrose se contente de garder le silence, une main ferme toujours sur l'épaule de la blonde. Il lui a déjà dit, il ne veut pas se faire maître. Il ne peut pas être persécuteur. Gamin qui désire prouver le contraire. Gamin qui clame, je suis mieux que tu ne le serais jamais. Elle attend le pire de lui. Un visage dont il sait faire usage. Elle ne le connait pas, ignore de ce dont il est capable. Fierté. Arrogance dissimulée par pur esprit de contradiction, il ne lui donnera pas le plaisir d'avoir raison. Prétention d'excellence. Tout pour la surpasser. Pas de pitié, pas de compassion. Simplement une profonde envie d'être ce qu'elle n'est pas. C'est bien seulement pour ça Ambrose ?

« Terrible ? Dans quel monde vis-tu, Archer ? » Question rhétorique. O'Hara qui a raison, mais il se garde bien de le dire. Un monde malade, il pense. La gangrène ronge la société, la rendant impitoyable au point où l'on poignarde sans remords un voisin. Un monde où l'adaptation est nécessaire à la survie. Être bon menait à la perte. Être compatissant pouvait être préambule à la mort. L'hippogriffe l'a compris depuis longtemps et il s'y soumettait, comme n'importe qui, par préservation. « Peut-être que je ne suis effectivement pas fait pour ce monde puisque qu'achever quelqu'un au sol n'est pas dans mes règles. Il jette cette constatation d'un ton froid, dégoûté par cette société qui n'est que manigances. Dégoûté de lui-même sachant que, si ce n'était pas sa manière d'agir aujourd'hui, cela pourrait très bien être le cas demain. Est-ce dont le fait que l'on puisse te croire capable de sentiments qui te terrifie ? » Un rictus moqueur s'étire doucement surface. Terrible effectivement pour elle. Mais voilà, il savait maintenant et elle ne l'impressionne plus. Pas quand elle tente de négocier pour sauver sa peau après avoir laissé une brèche transpercer sa froideur. C'est au tour d'Ambrose d'avoir un bref rire qui se perd rapidement. Elle n'avait pas beaucoup changé finalement. Et s'il visait juste, si elle était un tant soit peu encore la femme qu'elle était à Poudlard, Ambrose savait qu'elle ferait tout pour garder son secret. Tel était ce monde, chantage et manipulation.

Toujours à la hauteur de la blonde, yeux Archer confrontant ceux de l'ennemi, il cherche faille. Un subtil mensonge. Un léger doute. Était-ce une comédie ? Une mascarade bien orchestrée ? Aucune suffisance. Une trace de souffrance camouflée. Déterminée seulement. «Mais que t'arrive-t-il O'Hara ? » Un murmure seulement, lancé avec une curiosité nullement perfide. Simple état de fait. Il voudrait réponse, mais sait qu'il n'en aura aucune. Pas lui, l'ennemi. Il le sait bien car il garderait le silence si les rôles étaient inversés. Mais il ne va pas aller inventer des rumeurs sur des suppositions. Alors il ne peut qu'accepter, tenter d'obtenir un avantage. Il joue avec risque, incertain, ne connaissant pas les limites de la serpent. Mais il est parieur, Ambrose, trouve un malsain plaisir dans les probabilités dangereuses. Et Vega O'Hara était toujours un danger, peu importe son état. « D'accord Vega. Le nom sort étrangement entre ses lèvres. Une harmonie brisée. Ton aide contre mon silence. Et une fois terminé, on ne s'est jamais revue. » Il ne doute pas de son consentement. Elle a trop à perdre. Sa fameuse réputation. Ambrose se redresse finalement, son regard balayant le bazar. « À quel point connais-tu cette bibliothèque ? » Peut-elle réellement l'aider à son tour ? Ou était-ce une offre désespérée ? Il doit savoir. Alors, il ne dit pas encore ce qu'il a de besoin. Pas maintenant. Pas ainsi exposé au milieu des marches.

Comme pour prouver cette pensée, Ambrose voit une ombre s'approcher des escaliers. Il jette un regard de haut vers la sang-pure avant de lui tendre une main. Il soupire, imaginant déjà la répugnance de toucher la main d'un ennemi. Il ne le faisait pas par bonté de cœur non plus. « Tu ne me seras d'aucune utilité si tu menaces de t'effondrer à tout moment » Et elle ne désire sûrement pas, tout comme lui, être exposé à tous les regards.
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Mar 13 Juin - 16:43
Oblivion
Ambrose Archer ∞ Vega O'Hara



Vega tanguait, déchirée par une hésitation morbide, tiraillée par un passé qu'on avait enterré pour elle et un futur dont elle n'acceptait pas encore la teneur. Qui voulait-elle (re)devenir ? Cette diablesse sur ressort qu'avait connu Poudlard, celle qui travaillait pour faire germer la graine du mal qui pourrissait depuis toujours au fond de ses entrailles ? Si elle se décidait à emprunter cette voie, il y avait cette option, si délicieusement alléchante : pousser l'Archer dans les escaliers aurait réglé tant de ses problèmes. De nos jours, un accident était si vite arrivé, si peu évité. Elle aurait été sûre de son silence, la meurtrière, elle aurait assuré sa dominance sur lui. Gagné l'ultime affrontement des serpents, l'un renié, l'autre bafoué. Mais aurait-ce vraiment été une victoire ? L'autre partie de son être couturé, celle qui s'était forgée ces dix dernières années, cette partie qui connaissait les douleurs et les brimades lui hurlaient de s’agripper au fils Archer, de le retenir, parce qu'il risquait de basculer. Et parce qu'elle ne supporterait pas de voir quelqu'un chuter comme elle l'avait fait. Parce qu'elle en avait des sueurs froides, à le voir perché sur sa marche, équilibriste clément qu'elle ne comprenait que trop peu.

« Peut-être que je ne suis effectivement pas fait pour ce monde puisque qu'achever quelqu'un au sol n'est pas dans mes règles. ». Qu'ai-je donc fait – ou pas fait – de toi, Archer ? Ne t'ai-je donc rien appris ? Me pensais-tu dotée du moindre scrupule, incapable de frapper un homme au sol ? Pourquoi n'es-tu pas devenu comme moi ? Toute personne saine d'esprit le serait devenue, ne serait-ce que pour se protéger de son prochain bourreau. Car ceux qui ne changent pas demeurent éternelles victimes. Une affirmation glacée, soulignée d'un dégoût non négligeable. Oh, mais c'était donc cela ? Il n'était pas devenu un reflet de sa cruauté, pour la simple et bonne raison qu'elle l'en avait dégoûté ? Qu'elle l'avait dégoûté ?

« Est-ce dont le fait que l'on puisse te croire capable de sentiments qui te terrifie ? ». Et le voilà qui se changeait à nouveau, le bon Samaritain devenant moqueur, sourire acide au coin des lèvres. Ce qui me terrifie ? La vision décharnée de mon enfant. Avery, toujours à errer, à ruminer, quelque part trop proche dans ce monde en proie aux maux de Pandore. Mon père, ses yeux de glace braqués sur moi, ses dernières paroles, coincées dans un recoin sombre de mes pensées. Oh, Archer, il y a tant de choses qui me terrifient que je ne me sens même plus en sécurité chez moi. Alors, non, par-dessus tout cela, elle ne désirait pas que ses larmes acides s'ébruitent ; toute vulnérabilité était à bannir, quand une société toute entière vous observait, attendant de vous le moindre faux pas pour vous balayer du tableau. Quand même votre famille ne songeait qu'à vous évincer, il fallait garder la tête haute et continuer d'avancer. Peu importe que vous ayez à vous exécuter dans l’œil du cyclone ; après tout, c'était peut-être l'endroit où vous étiez le plus en sécurité.

Ses paupières gonflées des larmes précédentes se soulevèrent, ses yeux trouvèrent ceux de l'ennemi et un mince sourire releva la commissure de ses lèvres. « Ce qui me terrifie, Archer, c'est que tu puisses penser que je suis capable de sentiments. ». Un rictus un peu effrayant, taillé au milieu de son visage aux traits perdus, parmi ses yeux rougis, en compagnie de ses joues noircies. Un rictus qui datait d'une autre époque où elle s'était toujours élevée, enfant menaçante, gamine terrible. Contre-attaque, mensonges éhontés ; tout pour ne pas affronter la vérité et, plus encore, pour éviter qu'elle ne tombe dans les pensées d'un blond mal avisé. « Toi, mieux que quiconque, devrait savoir que j'en suis dénuée. ». Parce qu'au fond, c'était tout ce qui lui restait. Les menaces d'antan, celles qui lui permettaient de relever encore légèrement le menton, sans prendre en compte sa fierté arrachée et le danger face auquel elle se trouvait. « Ce que tu as vu aujourd'hui ? De la fatigue. Mais comment pourrais-tu comprendre ? J'ai bien peur que les responsabilités des O'Hara ne soient pas les mêmes que celles des Archer. ». Elle avait beau cracher ce dernier mot avec un dédain tout fait, pour quiconque possédait une oreille attentive, ses paroles se révéleraient creuses. Le souffle court, cette férocité mimée un poil trop faible : aujourd'hui, elle n'avait plus la force de prétendre correctement. Même ses mensonges semblaient désespérés, formés de faiblardes rangées de mots, qui ne les menaient pas bien loin.

Cela n'aurait pas dû l'étonner qu'il devine ses intentions cachées. En revanche, ce qui la désarçonna davantage fut cette question, murmurée sans malice, très – trop – simplement. Comme s'il s'intéressait réellement à ce qui avait pu lui arriver, dans cette volée de marches aussi craquantes que branlantes. «Mais que t'arrive-t-il O'Hara ? ». Elle fronça les sourcils, lèvres écartées sur un soupir surpris. Fouilla son regard pâle pour y trouver un désir revanchard ou plus simplement, une moquerie destinée à la tromper. Puis, elle chercha dans ses propres pensées, mais ne se souvint pas qu'on lui ait jamais demandé une telle chose en deux ans. Ni son père, ni les vaporeuses connaissances avec lesquelles elle avait repris contact. Preuve de tact ou désintérêt total ? Elle savait au moins la réponse pour l'un d'entre eux. Avait-elle été aussi terrible qu'elle aurait pu disparaître dix années de plus sans qu'aucun ne s'interroge ? Ses ongles s'enfoncèrent dans ses genoux et elle répondit finalement, presque chuchotante : « Ce qui arrive régulièrement à ceux qui possèdent tout. ». Ils perdent. Des morceaux de leur vie, de ce qui leur donnait tant de fierté. Ils ne peuvent plus gagner, alors ils perdent.

Reprends-toi. Plus il en saura, plus il deviendra un danger. Tu n'as pas besoin de ça. Elle se mordit la lèvre, balaya d'un haussement d'épaule négligeant ce moment de flottement puis attendit qu'il rende son verdict. « D'accord Vega. ». Son prénom roula étrangement sur les lippes de son ennemi, à la fois étranger et familier. «Ton aide contre mon silence. Et une fois terminé, on ne s'est jamais revue. ». Le soulagement se déversa dans ses veines, sucré, libérateur, mais elle le dissimula sous un hochement de tête parfaitement calculé. « À quel point connais-tu cette bibliothèque ? ». Elle sourit. Ne pas lui faire confiance était une délicieuse idée. Après tout, jusqu'à quel point aurait-elle été prête à le baratiner pour échapper aux rumeurs ? Elle releva légèrement les yeux vers lui, sourire satisfait sur le coin des lèvres. « Troisième étage, douzième rangée ; il y a un guéridon à moitié mangé par les mites, coincé entre une armoire et une pile de livres démesurés. Suspendue dans les airs, juste au-dessus, tu y trouveras une pomme déjà croquée. », lui décrivit Vega, le schéma de la bibliothèque lui revenant comme s'il avait été gravé sur sa cornée, « Elle y est depuis mes quinze ans et personne ne sait pourquoi, ni comment elle conserve son éclat. Quiconque y touche se sent submergé par un profond désespoir. Temporaire, mais plutôt efficace. ». Ses lippes s'étirèrent davantage. La magie noire s'avérait une compagne durable et efficace, qui ne l'avait jamais déçue. « Je l'ai ensorcelée. Souhaiterais-tu vérifier ? ». Proposition polie, la courbe de son sourire aussi curieuse que pernicieuse. Elle haussa une épaule et baissa les yeux, avouant, plus sérieuse : « J'ai pratiquement grandi ici. Je connais chaque recoin, chaque secret de ce lieu. ». C'est pour cette raison que tu ne trouveras pas de remèdes à tes problèmes, Vee. Tu connais déjà ton échec.

Une silhouette aux contours imprécis se dessina soudain, non loin d'eux. L'Archer lui jeta un regard qui lui donna de nouveau envie de le pousser dans les escaliers, mais elle se contenta de dévisager sa main tendue avec un dédain plus qu'évident. Elle aurait aimé dire qu'elle pouvait se relever toute seule mais déjà la main du jeune homme, ancre jusque-là bien accroché à son épaule, lui faisait défaut. « Tu ne me seras d'aucune utilité si tu menaces de t'effondrer à tout moment ». Aussitôt, le besoin de le contredire, de défendre son état, se fit. « Je ne... », mais elle se tut quand une femme élancée s'approcha d'eux. Ravalant son indignation, elle inspira profondément et pencha doucement la tête. « Je te remercie de ta bonté d'âme, Ambrose. ». Charmant tableau pour la dame, hypocrisie la plus complète pour les deux ennemis. Prononcer le prénom de son ancienne victime lui procurait une sensation étrange, comme celle d'enfiler le costume de chair d'une autre. D'avancer, en même temps que de reculer. Pourquoi rien ne semblait jamais simple au côté de l'Archer ?

Elle étira ses doigts vers lui, posa sa main dans la sienne, qui lui parut chaude, réconfortante. Elle se retint de grimacer à cette pensée. Ce devait être elle, qui avait si froid. Elle serra, puis se releva avec son aide, déployant sa colonne de plomb, son corps trop mince qui pesait soudain plus d'une tonne. Telle une lady, elle glissa ensuite son bras dans le creux du sien et reposa son épaule contre la sienne, veillant à garder son équilibre vacillant. « Très bien. Maintenant, il va falloir m'en dire un peu plus. Cherches-tu un grimoire ? Une antiquité ? Quelle détresse t'a donc porté jusqu'à ce fourre-tout de magie noire ? ». Si c'est l'absolution, tu peux faire demi-tour. Je ne l'ai moi-même pas trouvée.
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Lun 24 Juil - 21:59
Oblivion
Ambrose Archer ∞ Vega O'Hara



Ambrose a cette étrange impression, un désagréable sentiment, que la O’Hara qui lui fait face n’est plus celle qu’il avait connue. Malgré les grands airs qu’elle se donne, malgré la splendeur qu’elle tente de conserver même au sol, malgré son sourire cynique, Vega O’Hara prend doucement la forme d’une inconnue. Elle n’est plus.   Brisé les idées de vengeances. Brisé la haine quand on ne peut reconnaître le bourru d’autrefois. Il ne reconnaît pas sa détresse et sa clémence. Elle se moque, mais pas comme elle le faisait autrefois. Il devrait être mort, piétiné pour avoir seulement eu un aperçu de ses larmes. Il devrait se faire terrasser par une colère impitoyable dont il la savait capable. Avant. Avant elle aurait ri à toute tentative de négociation. Avant, elle l’aurait mis au sol avant même qu’il puisse avoir l’esprit d’aller dévoiler son secret au monde.  Où est la tortionnaire honnie ? Où est-elle pour qu’il puisse la mettre en pièce sans remords ? Dépourvu. Et Ambrose ne sait pas, la maudit pour revêtir ce rôle de l’étrangère qui oblige sa haine à se terrer.  Que s’est-il passé ? La question le heurte, ne quitte pas son esprit depuis qu’il l’a aperçue au haut des marches. Qu’est-il arrivé de si terrible pour que même lui, la victime, ne trouve le courage de se faire sans-cœur ?

L’inconnue affirme n’être doté de nuls sentiments. Mais il sait Ambrose, sait maintenant qu’il en est rien. Il la fixe, nulle dupe. La belle Vega, qui ment encore, se protéger en vain, détourner l’ennemi. Elle a raison, il en aurait douté à une autre époque. Aujourd’hui, il doute, témoin involontaire. Transformé la O’Hara, la cerbère qui n’est plus celle qu’il avait connu. Même son rictus n’est que fantôme du passé. Pourtant, Merlin qu’il détestait ce sourire amer, le maudissait. Avant. Mais ne vois-tu pas Vega qu’Ambrose te voit maintenant ? Ne vois-tu pas que tu ne peux plus l’effrayer ?  Le blond ne peut que se désoler, pitié devant les tristes paroles qu’elle lance. Les O’Hara n’ont jamais compris ce que les anciens souverains d’Irlande prônaient. Ils se sont moqués, criant bêtise, mais les Archer savaient, savent parfaitement que les sentiments ne sont pas que faiblesse.

« Ce que tu as vu aujourd'hui ? De la fatigue. Mais comment pourrais-tu comprendre ? J'ai bien peur que les responsabilités des O'Hara ne soient pas les mêmes que celles des Archer. ».  Il rit. Pas de bon cœur. Il rit de cette naïveté, de l’ignorance qu’elle lui balance. Il n’est pas aveugle. Il n’est pas con, ne croit pas en ses paroles creuses. Pourtant, un fond de vérité. Ambrose a de la chance d’être né Archer. Il est aimé, choyé et encouragé. Il est chanceux, oui, mais elle ne savait pas tout. Elle ne le connaissait pas.  « De la fatigue ? Je t’ai connue plus convaincante O’Hara, il s’exclame caustique, trace de déception dans le timbre. Elle n’est plus.. « Et peut-être as-tu raison concernant tes supposés responsabilités, mais à ce que je sache, nul O’Hara aussi fatigué soit-il ne se serait laissé à une telle inconvenance publique. Tu as perdu la main à ce je vois. »  Elle ne sait plus mentir. Ne sait plus se relever. Ne sait plus écraser autrui. Le règne éteint. Et la question qui ne cesse de le tourmenter. Quel malheur l’a touché ? La fatigue est une connerie. Fatigué est le symptôme d’un mal plus profond.  L’épuisement qu’il perçoit est le résultat d’un acharnement. Que lui est-il arrivé ?

Et sa réponse, aussi simple que sa question avait été, le percute bien plus qu'il ne l'eût pensé. « Ce qui arrive régulièrement à ceux qui possèdent tout. » Il est pris de court, souffle coupé, elle doit bien le voir. Il s'attendait à un mensonge, à une réponse acide bien ficelée. Il pensait qu'elle allait l'envoyer balader, qu'elle entende qu'il ne peut comprendre. Il ne croyait pas avoir droit à une vérité. Et pourtant, dans son regard, il ne voit que lassitude. Épuisée par la véracité de ce propos. Ceux qui possèdent tout finissent par perdre n'est-ce pas ? L'Archer observe désormais Vega comme s'il la voyait pour la première fois. Vous n'êtes pas si différents.

Réalité frappante. Il avait, lui aussi, déjà été au sol. Il s'était effondré avec pour seule différence l'absence de témoin. Aucun spectateur de cette déchéance, réputation bien préservée. Il avait pu se relever au moment qu'il avait choisi. Personne pour le menacer. Alors quel genre d'homme serait-il s'il faisait subir un sort qu'il aurait très bien pu lui être destiné ? Elle ne mérite peut-être pas cette clémence, mais même la haine ne peut le compromettre. Image des rôles inversés. Il ne peut pas. Alors, le compromis le sauve aussi.

La réponse que Vega lui offre le rassure.  « J'ai pratiquement grandi ici. Je connais chaque recoin, chaque secret de ce lieu. » Ainsi elle connait bien la bibliothèque, ne le berne pas sous des fausses promesses. Si elle l’aidait vraiment, si elle gardait le silence, Ambrose n’allait pas être obligé à se faire persécuteur. Il prend ses mots en note, espérant ne pas faire erreur. Il n’y a aucune confiance, une réputation à garder immaculé étant la garantie qu’il possède. Un marché pouvant si aisément être brisé, des paroles en l’air qui ne se font que promesse dans un silence entre deux êtres détestés. Ambrose saute dans le vide, il le sait, mais Vega fait de même et là est la seule certitude de cette rencontre.  « Tu parles d’une enfance joyeuse » Il réplique, mi- sérieux, mi- sarcastique en jetant un regard d’ensemble dans la bibliothèque sinistre. Cette phrase semble cependant clore le compromis. Donnant-donnant, nul gagnant. Association improbable qui ne devrait en aucun cas quitter ces murs.

Retour en arrière impossible, en quelques secondes la mascarade débute déjà. Fausse entente. Ne rien laisser paraître. Ne plus poser de question. Il n’est pas un bon acteur Ambrose. Mais il peut être bon menteur. Il n’a ainsi aucun mal à faire glisser un sourire sur ses lèvres lorsque Vega accepte sa main, portrait d’un joli couple devant l’inconnue qui s’avance au loin. Il fait mine ne pas remarquer le dédain de la belle, contient un rire derrière un rictus qui fait vite de disparaître. Ridicule. La situation paraît presque grotesque. Une O’Hara avec un Archer, les deux blonds se comportant de manière à, si méprendre, civil. Nul doute qu’il finirait au bûcher si les loups-garous venaient à savoir que, lui, l’hippogriffe s’était tenu trop près.   Et pourtant, malgré son aversion pour la blonde, Ambrose doit se retenir de tressaillir lorsqu’elle pose sa tête sur son épaule. Trop près, proximité étrange, paralysante. Qui avait soudainement décidé de changer les règles de la normalité ? N’ose l’avouer, mais il est coupable.

Ambrose accepte cette proximité sans remarque, bras liés et chevelure blonde chatouillant sa joue. Il ne montre pas son léger trouble, joue le jeu du gentleman en renforçant sa prise, soutenant Vega avec une tendresse servant à tromper les regards trop insistants.  Il ne relâche pas prise, même quand la dame éloignée, servant d’ancre au poids affaibli.  Ils font quelques pas, s’éloignant des marches douteuses et témoins, ne perdant pas de temps au marché sur la table. « Très bien. Maintenant, il va falloir m'en dire un peu plus. Cherches-tu un grimoire ? Une antiquité ? Quelle détresse t'a donc porté jusqu'à ce fourre-tout de magie noire ? » La question de Vega le ramène subitement à la réalité et la raison première de sa venue. Une heure, à peine, a passée, mais Ambrose a l’impression qu’une éternité s’est écoulée. La rencontre, les secrets, temps figé dans l’incongru de leur collision. La mission oublié un bref instant dans leur mascarade et qui revient soudainement en prenant une importance qu’elle n’avait pas auparavant. Cet objet à dénicher portant sur ses épaules le secret inavoué d’une O’Hara qui n’était plus elle-même.

Il cède au silence, prudent encore, se distancer de plus en plus d’oreilles malintentionnés « Un banal grimoire se cachant parmi les milliers qui se trouvent déjà ici.» Il balaye les étagères, le découragement qu’il avait ressenti plus tôt refaisant surface. Vega connait peut-être bien cette bibliothèque, n’empêche que des centaines d’ouvrages se ressemblant jonçaient les murs Un ancien livre de protection dont le nom fut oublié, il finit par avouer, finalement, avant de rajouter, protégé lui-même par de puissantes runes gobelines servant à éviter les simples coups d’œil. On m’a dit que personne n’avait réussi à percer son code depuis plus d’une centaine d’année, d’où sa présence perdue ici. Un livre anodin en apparence, Vega pourrait se moquer de la simplicité de la demande. Mais rien n’est laissé au hasard dans la magie noire. Des maléfices à faire perdre la raison si mal employée. Des runes si complexes que seule la patience et prudence évitent la destruction totale. Il ne dit pas que les sorts dans ce bouquin sont suffisamment puissants pour terrasser les esprits qui effleuraient seulement un fond  de la vérité. Que la magie noire dans ce livre pouvait protéger un secret ou quelqu’un de tout, et ce, jusqu’en Enfer. On disait qu’un simple maléfice décrit sur ces pages promettait une vie entière sans trahison et sans égratignure.  Mais elle devait se douter de la nature d’un tel grimoire, car il ne se trouverait pas ici si le contenu était sans danger. Vois-tu, tu n’es pas seule à avoir des secrets à garder ou des sentiments à protéger. Navré de t’apprendre ton humanité Vega. »  Ambrose veut se faire moqueur, mais les mots sortent sans sarcasme. Étrangement sérieux, presque compatissant. N’est-ce pas terrible de comprendre, qu’au final, on est tous les mêmes ?

Il ne voit pas les traits de la blonde, sa chevelure cachant son visage qui repose toujours contre son épaule. Il ne lui jette qu'un coup d'œil, ne s'arrête pas de marcher malgré qu'il n'a aucune idée de sa destination. Il finit par s'arrêter à un croisement d'étagère. « Alors, déçue ? » De la banalité de l'objet recherché. D'avoir des sentiments. Il ne dit pas. « Est-ce que tu as une idée où se trouve ce fameux livre ? » Ou alors une O'Hara devra tomber ce soir ?

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Dim 30 Juil - 23:29
Oblivion
Ambrose Archer ∞ Vega O'Hara


Avec les larmes, avaient coulé ses forces. Les souvenirs qui étaient reparus, avaient écrasé dignité et fierté, la clouant au sol, et les images qui avaient de nouveau traversé son esprit l'avaient laissé vidée. Coquille de chair creuse, peau en pâte à papier ; il lui semblait qu'un souffle seul suffirait à effriter ce qui restait d'elle. Et le pire ? Elle ne possédait plus l'énergie nécessaire pour s'en révolter. Alors, quand l'Archer se rit de ses mensonges, elle ne trouva pas le courage de le fusiller de son regard, encore moins de lui répondre, l'âme frappée du sceau vulnérabilité, le cœur cahotant d'impuissance enragée. « De la fatigue ? Je t’ai connue plus convaincante O’Hara ». Oh, voilà de tendres paroles qu'aurait approuvé Thaddeus O'Hara. Peut-être bien qu'Ambrose partageait plus de points communs avec les O'Hara qu'il ne l'imaginait ; viser les points faibles semblait en faire partie. « Et peut-être as-tu raison concernant tes supposés responsabilités, mais à ce que je sache, nul O’Hara aussi fatigué soit-il ne se serait laissé à une telle inconvenance publique. Tu as perdu la main à ce je vois. ». Cible touchée, flèche fermement plantée dans le moelleux sanguinolent du cœur noirci. Bravo, Archer. Pourquoi protester quand l'évidence se présentait même à la principale concernée ? Voilà une chose qu'elle ne pouvait simplement ignorer. Nul O'Hara ne se serait laissé à une telle inconvenance publique. L'acidité de son sourire se dissolut, laissant place à des lippes à la courbe incertaine. Oui, mais vois-tu, très cher, je ne suis plus une O'Hara. Pas vraiment. Même mon père a senti que j'avais perdu la main et, lui, ne l'a pas toléré.

 « Tu parles d’une enfance joyeuse ». Elle percevait le sarcasme évident derrière les intonations de velours, mais un sourire affaibli grignota les commissures de ses lèvres. Oui, elle l'avait été, heureuse. Son enfance ne convenait peut-être à tout le monde et quelque part, elle comprenait, elle avait été peu orthodoxe. Elle n'aurait pas dû traîner en couche-culotte parmi des rangées de livres de magie noire. Pas plus qu'elle n'aurait dû exécuter ses premiers sortilèges répréhensibles à treize ans. Mais l'enfant délaissée de cette époque essayait d'attirer l'attention, de prouver aux autres ses capacités et elle n'en gardait qu'un souvenir déterminé et féroce. Joyeux, quand elle réussissait.

Elle laissa couler et le marché fut scellé. Bras dessus, bras dessous, comédie de l'étrange, le couple-acteur s'avança, s'échappa de cette volée de marches effrayantes. Vega s'en sentit rapidement et profondément soulagée, s'échouant contre le flanc du blond pour ne pas faillir davantage. Personne ne tomberait, ni lui, ni elle. Pas aujourd'hui. Pas pour l'instant.

Alors autant attaquer les hostilités. « Un banal grimoire se cachant parmi les milliers qui se trouvent déjà ici.». Vega laissa lui échapper un rire sec. Oh, non, pourquoi se montrer plus précis quand seulement cinq étages bondés à craquer de livres semblables se dressaient sur leur quête éphémère ? « Un ancien livre de protection dont le nom fut oublié », précisa-t-il, « protégé lui-même par de puissantes runes gobelines servant à éviter les simples coups d’œil. On m’a dit que personne n’avait réussi à percer son code depuis plus d’une centaine d’année, d’où sa présence perdue ici. ». Voilà qui devenait intéressant. Une poignée de livres seulement possédaient des protections runiques et les gobelines faisaient partie des plus puissantes. Ambrose recherchait un grimoire aux charmes violents, en avait-il conscience ?

Elle leva son visage pâle vers lui, son nez, pas très loin du sien, sourire acerbe, provocatrice polie. « Tiens », dit-elle, « qui aurait cru que les Archer aimaient jouer avec le feu ? ». Eux qui semblaient toujours si droits dans leurs bottes, si parfaits, à juger le reste d'entre eux pour tout ce qu'ils n'auraient jamais osé faire. Ah, on avait tôt fait d'oublier les belles morales et les paroles enjôleuses quand les caprices du destin se dressaient devant soi. Au fond, quand on en venait à sa propre survie, tout cela ne comptait plus vraiment – O'Hara, Archer ; ils partageait tous les mêmes désirs primitifs. Les mêmes besoins de pouvoir et de protection. Ambrose n'échappait pas à la règle et, quelque part, elle en éprouvait un soulagement certain. Cela le rendait plus humain. Il n'était pas simplement cet homme lisse, sur lequel coulait les pêchés et les crimes, il n'était pas cette simple statue de cire sur lequel elle n'avait laissé aucune trace. Lui aussi avait ses propres fautes, ses propres squelettes à dissimuler. Il n'était peut-être pas mieux, pas pire. Juste quelqu'un comme elle, qui essayait de faire ce qu'il avait à faire avec les cartes que le Destin lui avait laissé en main.

Sans compter que chaque secret pouvait être déterré et s'il souhaitait s'en prendre au sien, elle s'armerait d'une pelle et irait creuser à son tour.

« Vois-tu, tu n’es pas seule à avoir des secrets à garder ou des sentiments à protéger. Navré de t’apprendre ton humanité Vega. ». Elle s'arrêta net dans ses pas, l'obligeant à faire halte à son tour pour ne pas la laisser s'effondrer. Elle détourna son visage du sien, les lèvres serrées, fatiguée, déchirée. Elle aurait voulu renier, tempêter, s'esclaffer ; n'importe quoi pour le décrédibiliser. Pourtant, elle se retrouva soudain figée, incapable du moindre mouvement. Humanité. Quelle étrangeté prenait brusquement ce mot, mêlé à la voix grave de l'Archer. Vega, on l'avait souvent qualifiée de beaucoup de choses, on lui avait même parfois attribué des caractéristiques peu flatteuses, mais jamais l'une d'entre elles n'avait flatté sa prétendue humanité. Bien au contraire. Impitoyable. Cruelle. Sans cœur. Ambrose se dressait seul face à un millier d'avis contradictoires au sien. Il ne lui apprenait rien ; il se trompait. « Je crains que tu ne fantasmes mon humanité, Amrbose. », murmura-t-elle. Ses doigts s'enfoncèrent dans le poignet musclé qu'il avait mis à sa disposition mais quand elle se retourna à nouveau vers lui, elle souriait. Un sourire toujours pâle, qui s'accorda néanmoins avec le sarcasme dont elle fit ensuite preuve.

« Mais quel secret pourrait donc bien détenir cette jolie tête blonde ? », elle fronça les sourcils, faussement pensive, puis s'enquit : « Tu te teins les cheveux ? Les cartes explosives sont ton pêché mignon ? ». Taquineries faiblardes, sous lesquelles se terrait une réelle curiosité. Quel secret pouvait bien effrayer l'Archer au point qu'il se résigne à faire usage de magie noire ?

Reprenant leur chemin pour mieux s'arrêter quelques pas plus loin, l'ancien serpent finit par lui demander : « Alors, déçue ? ». Du casse-tête ombrageux qu'il souhaitait qu'elle trouve pour lui ? Et qu'elle pourrait potentiellement utiliser pour elle-même ? Pour dissiper à jamais les rumeurs sur son compte ? Elle lui jeta un regard blasé. « Déçue ? Très cher, as-tu la moindre idée de la valeur d'un tel livre ? Je suis soulagée. Je m'attendais à ce que tu me demandes un ciseau enchanté ou une autre babiole de ce goût. ». Ce qui aurait été une pure perte de temps.

Elle laissa couler son regard sur lui, faisant mine de le jauger, puis essuya un sourire en coin. « Peut-être n'es-tu pas tombé aussi bas que je le pensais. ». Une mesquinerie sans valeur ; il lui avait déjà donné la preuve qu'il ne s'était pas abaissé à son niveau. Qu'il ne l'avait jamais fait et qu'il ne le ferait jamais.

« Est-ce que tu as une idée où se trouve ce fameux livre ? ». Elle haussa une épaule. « J'ai beaucoup d'idées. Et toi, as-tu du temps ? ». Elle souleva ensuite ses yeux cernés de mascara, dégagea sa baguette de sa veste, puis la pointa vers un coin du plafond. Murmurant une incantation, qu'elle dut reprendre à trois fois, par manque de force, elle finit néanmoins par parvenir à ses fins : un carré se détacha du reste de la bâtisse et une échelle se déplia jusqu'à venir toucher la pointe de leurs pieds.

« On monte. », décida-t-elle. Le grenier de Carmello Lodge contenait les plus puissants artefacts et grimoires de toute la bibliothèque, à disposition de qui le souhaitait. Seulement, qui le souhaitait, ce n'était pas grand-monde, tout au plus une dizaine de personnes. Entre les épouvantards surprises, qui se dissimulaient dans les malles, et les goules affamées et particulièrement dangereuses qui se terraient dans les armoires, chaque pas devenait incertain, propice aux rencontres les plus indésirables. « À moins que tu ne sois pas aussi fou que tu le laisses paraître ? », glissa-t-elle avec un sourire plus féroce. Après tout, c'était bien de la folie, traîner avec une O'Hara, se plier à un de ses marchés, lui faire confiance ? N'est-ce pas ?

Elle se dégagea de leur étreinte, puis posa son escarpin sur la première marche branlante. L'équilibre précaire, elle lui jeta un regard par-dessus son épaule, puis lui ordonna fermement : « Ne me laisse pas tomber. ». Ni de l'échelle. Ni pour leur marché.

Sans attendre de réponse, elle se retourna et commença son ascension.
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