intrigue deux
the blood tournament
Impurs, we welcome you. We salute your courage and your sacrifice... and we wish you... A Happy Blood Tournament ! And may the odds be ever in your favor.


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Degenerate the faithful!
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Mer 19 Juil - 2:34
séléné grace & aaren eames
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Dimanche pluvieux. Les larmes célestes s'écrasent contre les vitres opaques de crasse. Les quelques ustensiles tintinnabulent doucement, les petites machines ronronnent toutes à un rythme différent. C'est une harmonie sonore des plus agréables à l'oreille d'Aaren. Elle signifie que tout est en ordre, qu'il ne lui reste plus qu'à fermer boutique pour la nuit. Mais Aaren ne tient pas une échoppe de souvenirs ou de théières sifflantes. Ses clients ne reviennent pas. À dire vrai, ils ne reviennent jamais, satisfaits ou pas. Que le travail soit bâclé ou non, on se contente tous d'un passage unique. Les pompes funèbres ont ce mérite. Une visite, un cercueil sur mesure, un embaumement dans la norme. Voilà tout ce qu'on demande. Qu'il aime ce job, là n'est pas la question. Il lui permet de ne pas crever de faim, de payer son loyer de misère, c'est suffisant. Amplement suffisant. Et non, ce n'est pas un boulot qui lui déplaît. C'est pas non plus sa vocation mais au moins, il côtoie un taux minime d'abrutis, et ne peut même pas espérer les voir crever, ils le sont souvent déjà. Tout gonflés d'air mort, lorsqu'ils débarquent sur une civière hospitalière. Aaren apprécie cette routine, les corps qu'il palpe et nettoie ne sont jamais les mêmes. On ne s'ennuie guère.

Mais aujourd'hui, c'est dimanche. On ne devrait pas travailler, certains murmurent un peu trop fort que ce jour est dédié à Merlin. Que pour lui, le monde s'arrête, on lève nos baguettes. Aaren n'est pas féru de travail, une pause hebdomadaire n'est jamais de refus. Mais il exècre le principe et le prétexte ; non, on ne stoppe pas ses activités pour une prétendue divinité. Ou prophète, il ne sait plus, cela fait des années qu'il n'écoute plus ces fables erronées. Dimanche. Le Corps Exquis affiche fermé (mais pas complet). Les stores sont tirés, les lumières éteintes depuis quelques minutes déjà. Et lui est toujours là.

Assis sur le comptoir en bois - le même que celui choisi par la famille du dernier défunt en date, du chêne costaud et coûteux - Aaren balance ses pieds dans les airs. Ils heurtent parfois le meuble et le contact produit un son mat, sans écho. Ses doigts pianotent inutilement, il inspire tranquillement. La luminosité est faible, ses yeux sont clos, sa respiration lente. Il fait face à la porte d'entrée, se remémore certains événements. Son speech, aussi.

Dos voûté, nuque baissée, il contemple sans regarder le carrelage immaculé. Il doit rester calme, pour ne pas l'effrayer. Qui donc ? Lui même ne le sait pas. Une personne censée l'aider, un gars pour le seconder. C'est ce qu'on tente de lui faire avaler. À cette pensée, il fronce les sourcils et frappe du poing le comptoir impassible. Phalanges blanchies, il tend l'oreille. Des pas. Feutrés, empressés, discrets. Il ignore. Des pas en sa direction. La porte est poussée, un déclic résonne tendrement dans l'air ambiant. Air maussade, tiède, presque étouffant. Il relève mollement la tête, juste de quoi croiser la silhouette à contre jour. Une moue exaspérée collée au visage, il fait remarquer, nonchalant. « Pas trop tôt, l'assistant. » qu'il jette à l'arrivant. C'est clair que le type a pris son temps et dégage des relents d'humidité qui le font froncer du nez. Il désigne l'accueil d'un signe du menton. Un peu ennuyé, le ton suffisant. « C'est ouvert rien que pour toi, on te l'a pas précisé ? Enfin, t'aurais pu te dépêcher. » Il lève les yeux au plafond, agite ses lèvres d'une mimique pensive. Ses doigts tapotent une nouvelle fois le support de bois. Ses jambes n'effectuent plus leur balancement. Il soupire simplement ; « On m'envoie des yeux mais clairement pas un cerveau. Oh, t'inquiète pas mon gars, on t'en dégotera un. Ici, t'as l'embarras du choix. ». Et il est presque sérieux. Une greffe cérébrale intégrale réussie sans trop de dégâts... ce serait un coup de maître. De quoi le reconnaître.


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Mer 19 Juil - 23:04
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Aaren Eames ∞ Séléné Grace


Le monde tournoyait tout autour de sa pâle silhouette, formant un tourbillon de rues bondées, de couleurs vives et de passants étranges, embrumé par une pluie qui ne cessait de tomber depuis plusieurs heures. Sola absorbait des images inconnues, souriait face à des vitrines remplies à ras-bord d'objets incongrus et s'extasiait, admirative devant la valse des parapluies colorés. Trois mois qu'on l'entreposait comme une jolie poupée de collection dans un appartement si petit qu'elle tenait à peine debout à l'intérieur, et voilà qu'on l'autorisait enfin à sortir. Pour travailler, lui avait-on précisé. Mais pas ce travail . Aujourd'hui, son père ne l'envoyait pas punir quelqu'un ; il lui offrait une occupation pour la tenir éveillée et concentrée. Du moins, l'imaginait-elle.

Ah, cette générosité qu'elle entrevoyait chez lui ? Du vent, du toc. Mais comment aurait-elle pu imaginer qu'il lui confiait ce poste pour autre chose que son bien-être ? C'est tout ce qu'il veut pour moi et mon âme. Du bien. Qu'il la pousse à travailler pour qu'elle lui fasse ensuite don de son salaire, elle ne l'envisageait pas et c'était pourtant ainsi qu'allaient se dérouler les choses. Pour elle, ce ne serait pas grave, bien entendu, ça ne l'était jamais. Comment aurait-elle pu comprendre qu'il l'exploitait ? Elle saisissait à peine comment fonctionnait le système des gallions – acheter, vendre, échanger, tout cela la dépassait. Elle n'avait jamais rien possédé, n'avait jamais rien eu qui lui appartienne complètement. Même les vêtements qu'on avait fourré dans son armoire et l'appartement brinquebalant dans lequel elle logeait ne lui appartenaient pas. Alors, comment-

« Eh ! Regardez où vous marchez, sale conne ! », grommela une voix bougonne. Elle tourna les yeux vers l'homme dans lequel elle s'était écrasée et remarqua que ce qu'il buvait deux secondes plutôt à même un gobelet en carton s'étalait à présent sur sa chemise bien repassée. Il la bouscula d'un coup féroce de l'épaule et elle fronça les sourcils, l'excuse qu'elle s'apprêtait à sortir crevant sur le bout de ses lèvres. Les hommes. Grands, trapus, barbus, pressés, ennuyés, grincheux ; jamais elle n'en avait vu autant en une seule fois et elle commençait à se forger une opinion sur eux : elle n'était pas bien sûre de les aimer. Malpolis, chaque minuscule incident se transformait en drame et le moindre inconfort était sujet aux plaintes les plus vigoureuses. Ils sont faibles.

Elle continua son chemin, les yeux grand ouverts, les lèvres entrouvertes sous les surprises multiples que présentaient cet univers implacable. On la bouscula trois autres fois encore, maladresse causée par les distractions innombrables d'un quotidien à propos duquel ils étaient tous si usés et désabusés, et elle se perdit à six reprises, s'obligeant à s'arrêter pour demander son chemin. On lui avait donné une carte et une adresse, mais elle n'avait jamais été obligée d'en lire une et les immeubles, ici, s'élevaient en des tours impitoyables qui ne cessaient de la confondre. Tout était différent, pourtant tout se ressemblait. Fascinant.

Puis, enfin, soulagement et déception : le Corps Exquis s'offrit à sa vue, dans toute sa splendeur ordinaire. Un bâtiment en béton comme les autres, gris et un peu triste, qu'elle n'aurait probablement pas reconnu si une pancarte des plus exquises ne l'annonçait pas. Fais le tour du bâtiment. Entre par la porte rouge. Le croque-mort t'attendra à l'intérieur. Séléné serra la carte gorgée d'eau entre ses doigts, un sourire grave et victorieux sur les lèvres, puis suivit les instructions qu'on lui avait remises.

À l'intérieur, l'odeur des produits médicaux se révéla assez forte pour piquer son odorat pourtant diminué. Une moiteur étouffante remplaçait la fraîcheur apportée par la pluie, mais ça lui réchauffa un peu les os. Son père ne lui ayant pas offert de parapluie – un oubli dont elle ne lui tenait pas rigueur – elle avait parcouru tout le chemin sous le déluge glacé et elle était trempée jusqu'à la moelle. Retirant la capuche de son manteau, elle n'en tint pas compte et s'avança, des traces humides laissées dans son dos à chaque nouveau pas. Finalement, elle atteignit la salle principale et poussa la porte.

Elle entendit le dit croque-mort avant même qu'il ne lui laisse la chance de le voir. « Pas trop tôt, l'assistant. », attaqua-t-il aussitôt. Sourcils froncés, parce qu'elle ne comprenait pas cette hostilité immédiate, elle chercha du regard l'opportun et trouva un homme – quelle surprise, l'amabilité aurait dû la mettre sur la voie – aux cheveux sombres et au regard encore plus noir. Juché sur un comptoir, il battait l'air de ses jambes et paraissait vivement irrité. « C'est ouvert rien que pour toi, on te l'a pas précisé ? Enfin, t'aurais pu te dépêcher. ». Oh, elle n'avait pas prêté attention à la montre qu'on lui avait remise, mais elle supposait, après un léger coup d’œil, qu'en effet, elle était retard. Et pas qu'un peu.

Les excuses fleurirent sur ses lippes, sincères, mais déjà le croque-mort perdait de nouveau patience. « On m'envoie des yeux mais clairement pas un cerveau. Oh, t'inquiète pas mon gars, on t'en dégotera un. Ici, t'as l'embarras du choix. ». Un cerveau ? Venait-il vraiment de déclarer vouloir remplacer son cerveau ? Après l'avoir appelée mon gars ? Laissant lui échapper un hoquet outré, elle demanda poliment et avec une curiosité non feinte : « L'impolitesse et l'irrespect sont-ils donc des traits communs à tous les londoniens ? ». L'intérêt était réel, mais se souvenant du rôle qu'elle devait jouer, elle répliqua aussitôt, très sérieusement : « Je devrais vous couper la langue pour avoir ainsi osé parler à une McGregor. ». Ses doigts se glissèrent sur la lame qu'elle avait coincé à sa ceinture, dans son dos, et à vrai dire, elle l'aurait probablement fait s'il avait vraiment parlé à une McGregor pure souche. Or, Séléné n'était qu'un échantillon, un grain de sable insignifiant. Mais il t'a menacée, gémit une petite voix dans son crâne, incapable de saisir le second degrés. C'est vrai. Mais elle pouvait s'en tenir à un avertissement.

Aussi, elle lâcha prise sur le poignard et s'avança de quelques pas vers lui. Quand elle fut assez proche pour que son ventre touche presque les genoux de l'impoli, elle se pencha et affirma d'une voix calme et mélodieuse : « Et je préfère d'ores et déjà vous prévenir : si vous vous approchez de ma boîte crânienne, vous aurez rapidement besoin d'une greffe de pénis. ». Ses doigts la brûlèrent de saisir la chose en question pour la tordre, juste histoire de lui donner une leçon. Mais son père ne serait pas ravie si elle se faisait renvoyer le premier jour. Après tout, elle ne pourrait pas travailler sans patron. « Vous savez, », continua-t-elle, le ton doux, assuré, « cette chose qui semble rendre les hommes hautains et stupides. Et soyez assuré, une chose que je ne possède pas, mon gars. ».

Ce malentendu dissipé, elle s'écarta et un sourire satisfait effleura ses lèvres, quand elle observa la pièce avec plus d'attention. Tout en tournant sur elle-même pour n'en pas manquer une miette, elle se présenta, agréable demoiselle : « Je suis Sola McGregor. Je viens d'arriver à Londres. C'est une charmante ville. ».
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Il passa les trois mois suivants à s'apitoyer sur son sort, succombant à une dépression qui frôlait le suicidaire. Mais son nihilisme de fraîche date lui refusait même cette solution. S'il n'existait aucune chose pour laquelle vivre, ne s'ensuivait-il pas qu'aucune ne méritât qu'il mourût pour elle ? – Hellraiser. ©️lazare.
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Sam 22 Juil - 18:01

« L'impolitesse et l'irrespect sont-ils donc des traits communs à tous les Londoniens ? » Si tu entendais les grognements parisiens, tu te satisferais des murmures londoniens. Sa petite voix fluette lui vrille les oreilles. Et l'intrigue, aussi. La mue aurait-elle foiré ? C'est vrai qu'il ne s'est pas montré des plus agréables. Et ça, il le reconnaît sans peine. La sympathie et lui n'ont jamais été bons amis. Mais merde quoi, attendre ici des heures durant pour un tel résultat... Pas très engageant ni très rentable, tout ça.

La voix l'interpelle, il relève davantage la tête. Ses yeux défectueux explorent alors les contours d'une silhouette des plus délicates. Ni chétive ni bien massive mais agréable à l'oeil, c'est pas lui qui le niera. Il hausse les épaules et souffle simplement, « Je te rassure chérie, on n'est pas les pires. ». Mais la rousse déballe déjà une nouvelle phrase tout droit sortie d'un manuel scolaire. « Je devrais vous couper la langue pour avoir ainsi osé parler à une McGregor. » Le vouvoiement le surprend. Il fait si vieux que cela ? Cette politesse le froisse presque. A l'entente du patronyme irlandais, Aaren arque un sourcil. La détaille pour de bon. Une fille, ça oui. Rousse comme pas deux. Rousse dragon vert, même. Ses doigts cessent leur manège et ses ongles s'ancrent dans ses paumes. Moiteur caractéristique. Serait-ce de la gêne que je décèle, Aaren ? Elle s'avance tandis qu'il se raidit, yeux plissés et attentifs. La rousse reprend, placide, l'oeil songeur. « Et je préfère d'ores et déjà vous prévenir : si vous vous approchez de ma boîte crânienne, vous aurez rapidement besoin d'une greffe de pénis. » Ça c'est dit. Mise en garde de mes deux ! Si elle savait... Il n'en a que faire, de cet engin. C'est clairement pas avec cette approche qu'elle l'impressionnera. La réplique fait tout de même son effet, un rictus se glisse sur ses traits. Et la voilà qui repart... Il lève les yeux au plafond une nouvelle fois. « Vous savez, cette chose qui semble rendre les hommes hautains et stupides. Et soyez assuré, une chose que je ne possède pas, mon gars. ». Ce retour de pique lui arrache presque un sourire. Hautain et stupide, lui ? Oh, sûrement. Il n'a jamais prétendu ne pas l'être - au contraire. Il juge le dédain comme une force de caractère. A tout accepter et concéder, on ne peut devenir quelqu'un. Il faut s'imposer, et ne jamais la fermer. Ou du moins, ne pas s'en priver. « Pour un chien d'aveugle tu renvoies bien la balle. Tu tiens ça de qui ? J'parie que c'est génétique. » Ton concerné, il apprécie sa réactivité. Ça ne s'entend sans doute pas, mais il lui fait part de sa vision de leur relation. Elle sera libre de le rabrouer ou de le contester tant qu'elle assure de son côté. Rien de bien compliqué, et il estime cet arrangement plutôt sain, avec sa part d'honnêteté. De son côté, il tâchera de ne pas lui faire la misère. Quoique, au vu de son attitude, ce serait mérité. A moitié. Deal ?

La demoiselle bat soigneusement en retraite. Elle tournoie, comme à l'affût, et s'annonce, parée du ton consciencieux de celle qui veut bien faire. Curieux revers de situation. « Je suis Sola McGregor. Je viens d'arriver à Londres. C'est une charmante ville. ». Aaren la toise, l'oeil suspicieux. Londres, c'est vrai que c'est une belle cité, mais question météo, y a des de sacrés progrès à faire. Et aujourd'hui en est la parfaite illustration. Sola McGregor. Ce serait donc une Dame, qu'on lui amène ? Que doit-il faire, la courbette, une accolade ? Très peu pour lui, il n'adoucira que sa voix. Son dos se courbe à nouveau, sa tête s'incline sur son épaule droite. « Je me disais bien. T'as l'air de venir de loin et de sortir de nulle part. Tu sais au moins pourquoi t'es là ? » Parce que mes yeux pourrissent à vue de nez, qu'il a envie de lâcher. Mais il se tait, désireux d'entendre sa version des faits, ce qu'on lui a raconté, et surtout ce qu'elle a retenu de lui. Oh, rien d'extra. Une foutue visite médicale de l'hôpital qui l'a plombé, lui et son quotidien de noctambule solitaire. « Pour s'assurer de la qualité de vos services et vous seconder jusqu'au jour où... » Parvenu à l'imminente conclusion, il l'a fait taire, ce médicomage en carton. Préférant fermer les yeux sur la vérité que de l'affronter. Le cauchemar est suffisamment persistant, nul besoin d'un guignol en blouse blanche pour mieux le comprendre. « Eh bah Sola... Ça m'enchante pas de te voir débarquer - ce serait con de te le cacher et t'as dû le remarquer. Il s'arrête, les mots sont sortis trop vite. Il se décide à la prévenir. C'est la moindre des choses, non ? J'ai jamais été patron alors tu risques d'en baver. Mais je pense pas que ce soit la mer à boire, tu t'y feras. Surtout si la mort, ça te connaît. » Ou pas. T'as l'air d'une poupée égarée. Promesse confiante, parole rassurante ? Pas vraiment. Mais il ne saurait pas mieux faire, ça c'est clair. Il lui tend une main molle, pour la forme. Et parce que c'est une McGregor, il fait cet effort, croise et maintient son regard noisette. « Eames. Pause. Il fait vriller son poignet. Aaren. Comme tu veux, en fait. » Tant qu'elle ne l'affuble pas d'un vieux monsieur...


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Dim 23 Juil - 17:00
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Aaren Eames ∞ Séléné Grace


Séléné laissait couler son regard sur les meubles sommaires, tout le long des tiroirs métalliques, le laissait tomber dans les rainures du carrelage et sur les plis des housses mortuaires, courir le long des nombreux bocaux et autres instruments à l'éclat étincelant qui ornaient les murs. Elle ne connaissait presque rien, il lui manquait des mots, des définitions, mais au moins la moitié du matériel pointu lui semblait familier. Elle ne savait rien de leur usage habituel, évidemment, mais elle était presque sûre de se rappeler comment manier chacun pour faire très mal.

Tout l'émerveillait.

« Je te rassure chérie, on n'est pas les pires. ». Non, peut-être pas tout, réflexion faite. La demoiselle avait grandi au sein d'un couvent où le respect primait sur le reste, du moins pour les Sœurs. On s'inclinait, se vouvoyait, se souriait aussi souvent que possible. Or, depuis son arrivée, aucune des personnes qu'elle avait rencontrées ne lui avait semblé respectueuse de quoi que ce soit, et surtout pas d'autrui. Les paroles tombaient comme des couperets, corrompues par le dédain et l'empressement, et Séléné ne savait comment y réagir de façon raisonnée. Si elle se mettait à couper la langue de tous ceux qui juraient et crachaient leur mépris, Londres deviendrait rapidement une ville muette, murée dans un silence de tombe. Et ce n'est pas parce que vous n'êtes pas les pires que vous ne pouvez pas vous montrer meilleurs, pensa-t-elle, frustrée.

L'avertissement tomba et les traits de l'homme s'affublèrent d'un masque hautain et moqueur, comme pour souligner ses propos. « Pour un chien d'aveugle tu renvoies bien la balle. Tu tiens ça de qui ? J'parie que c'est génétique. ». Séléné prit une note mentale ; le croque-mort s'avérait bel et bien idiot, aveuglé non pas par quelque maladie dont elle ignorait tout, mais par sa stupidité furieuse. N'avait-il donc pas compris le nom qu'elle avait jeté, quelques secondes plus tôt ? Elle savait la réputation de sa famille entachée mais pas au point qu'elle en devienne une inconnue. McGregor aurait dû l'interpeller. Tout autant que chien d'aveugle l'interpellait. Au surnom, elle avait d'abord jeté un coup d’œil par-dessus son épaule, avant de comprendre qu'il parlait en réalité d'elle. Pourquoi se devait-il d'user d'un langage aussi imagé que crypté ?

Elle se présenta néanmoins, sans aucune mesquinerie dans la voix, gamine agréable et ordinaire sous les masques et les rôles, la frustration éclipsée par la fascination que lui inspirait cet endroit. « Je me disais bien. T'as l'air de venir de loin et de sortir de nulle part. Tu sais au moins pourquoi t'es là ? ». De loin et de nulle part. L'expression lui semblait juste, elle posait des mots sur un ressenti qu'elle n'avait pu expliquer jusque-là. Elle appartenait à ce monde, en théorie, mais pas vraiment non plus. Elle ne s'y sentait pas à sa place, simple étrangère de passage. Et quand elle en aurait fini, soit les McGregor l'accueilleraient – ce qu'elle espérait plus que toute autre chose au monde – soit elle retournerait dans cette bulle hors du temps où elle avait vu les robes grises de Sœur Reva se soulever, dévorées par les flammes.

Ses doigts s'agitèrent, prisonniers d'un trouble impulsif du comportement, et elle dut glisser ses bras dans son dos pour qu'enfin, ils se calment, serrées sur le manche de sa dague. Elle lui offrit un sourire de poupée docile et lui répondit, sereine : « Non, mais vous qui semblez avoir réponse à tout, vous allez pouvoir me le dire. ». Ce qui était vrai, Séléné ne mentait jamais si elle pouvait l'éviter. Tout ce qu'on lui avait dit, c'était qu'elle servirait d'assistante pour un croque-mort. Ce qu'elle devrait faire ou pourquoi on l'avait envoyée spécialement auprès d'un homme qui semblait trouver sa venue regrettable, elle n'en savait strictement rien. Elle n'avait jamais été en contact direct avec l'hôpital, puisqu'elle n'était pas la demoiselle qu'ils avaient recruté en premier. Son père s'était débarrassé de la jeune employée, la remplaçant par Sola McGregor ; le marionnettiste avait frappé en coulisses et le rideau se levait, révélant les failles de ses manipulations.

« Eh bah Sola... Ça m'enchante pas de te voir débarquer - ce serait con de te le cacher et t'as dû le remarquer. ». Pas de chance, je ne compte pas partir, tant qu'on ne m'en aura pas donné l'ordre. « J'ai jamais été patron alors tu risques d'en baver. Mais je pense pas que ce soit la mer à boire, tu t'y feras. Surtout si la mort, ça te connaît. ». Séléné laissa lui échapper un rire amusé. Si le concept de blague lui échappait, elle trouvait amusant qu'il ne sache pas de quoi il parle. Si la mort la connaissait ? Elle envoyait depuis l'âge de quinze ans des pêcheurs dans l'Ifrinn. La mort, elle la côtoyait, l'envoûtait, la provoquait. Elle lui était fidèle et se pliait à ses règles, avec autant d'application qu'elle ployait sous celles de son paternel. « J'ai quelques notions dans le domaine. », avoua-elle finalement avec un sourire en coin inconscient.

Puis, sans qu'elle ne s'y attende, il tendit son bras vers elle. Aussitôt, sa jambe se décala vers l'arrière ; elle commençait instinctivement à assurer une position défensive classique, quand elle comprit qu'il déployait simplement sa main. Comme si elle était censée savoir quoi en faire. « Eames. », se présenta le croque-mort. Un nom étrange, qui résonnait agréablement dans le silence mortuaire de la pièce. Se rappelant avoir vu deux hommes vaguement secouer leurs bras mous ce matin, elle finit par glisser sa petite main dans la sienne et la laissa maladroitement y reposer. « Aaren. Comme tu veux, en fait. ». Elle hocha la tête, reprit ses doigts avant qu'il ne les torde sur un coup de tête, puis se détourna, reportant son attention sur la fascinante petite pièce. « Très bien, Aaren Eames. Quelles seront mes tâches, ici ? », demanda-t-elle, curieuse, excitée à l'idée de ce qui l'attendait, « devrais-je déplacer les corps, les ouvrir ? J'avoue être assez curieuse de voir ce qui se passe après... » mon passage, songea l'enfant, inconsciente de ses propres pensées, « la mort. ».
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Lun 24 Juil - 0:54

« Non, mais vous qui semblez avoir réponse à tout, vous allez pouvoir me le dire. » Si elle savait, qu’il se répète en son for intérieur. Si elle avait seulement idée de son parcours décevant – non, décadent, chaotique, inconstant – elle le verrait d’un œil bien différent. Aaren n’a pas la science infuse. Loin de là, il est comparable à un puits d'ignorance affligeante et d'amalgames vivants. Mais il se juge plus clairvoyant que la plupart de ces crétins londoniens. Le bonhomme se tient en haute estime, oh que oui. Il l'a toujours fait et ce n'est pas cette touriste, aussi rousse soit-elle, qui chamboulera sa perception de lui-même. Tant que tout son petit monde ne déraille pas, il ne révisera aucune de ses grandes valeurs. Et quand on parle de conception... « J'ai quelques notions dans le domaine. » déclare-t-elle, toujours souriante. A trop vouloir paraître ravissante, elle l'irrite déjà. Lui ne sourit pas. C'est futile, d'étirer ses lèvres ou de déballer ses dents à tout bout de champ. Il s'arrête sur les détails déplaisants, mais a bien saisi qu'elle n'est pas inconnue de la Grande Faucheuse. Encore heureux. Lui envoyer une novice aurait été le coup de grâce de l'hôpital. Il l'aurait sommée de déguerpir et priée de céder son poste mal acquis, et ce sans le moindre état d'esprit. Les colis défectueux ne sont bons qu'à la casse, sinon retour à la case départ.

« Très bien, Aaren Eames. Quelles seront mes tâches, ici ? Devrais-je déplacer les corps, les ouvrir ? J'avoue être assez curieuse de voir ce qui se passe après... » Seizième de soupir, le temps d'une quadruple croche silencieuse. Hésitation muette ? Peur du mot ? « la mort. » Le mot est tombé. Il esquisse une moue dubitative. Yeux clos, il inspire ostensiblement. T'as beau avoir des cheveux de feu, t'es loin d'être lumière, ma belle. Il jette, le ton chargé de dédain ; « Ni Himel ni Ifrinn. Rien que nous, my lady. » Ça lui semble clair comme de l'eau de roche. L'éléphant dans la pièce, comme on dit. Il décide de regagner la terre ferme en faisant balancer son buste côté comptoir, atterrissage sans grâce. « Ma Dame », qu'il siffle, presque gentleman, en ouvrant la porte de ce qu'on pourrait qualifier d'arrière-boutique. Exit les couronnes fleuries, les pierres tombales étincelantes, les épitaphes à la gloire d'un cadavre. L'endroit est semblable à une morgue. Air froid pour seul accueil. Soufflés par cette atmosphère, les deux vivants s'engouffrent dans la brèche, enveloppés de cette odeur mortuaire.

Parfum clinique entêtant qui, une fois humé à plusieurs reprises, s'imprègne en vous de lui-même, se glisse avec une facilité des plus sournoises. Fane vos poumons, berce votre cœur attristé. Lui chantonne qu'il suffit de cesser de pomper pour trouver la paix, sagement allongé sur un brancard au drap pâle. C'est une ambiance qui plaît à Aaren. Cette salle, aussi glauque soit-elle, l'envoûte presque. Amoureux de l'ennemie de la vie ? Il expire, frotte ses mains, masses ses poignets. Devant eux s'étendent des civières, des tables métalliques, un mur que l'on pourrait croire tapissé de fours à pizza. Mais non, rien d'appétissant là-dedans. Rien que des fantômes anonymes qu'on oubliera bien vite. Il tapote une table, observe comme il peut le mobilier familier. Les objets somnolent eux aussi. « Il ne faut pas traîner, sinon ça commence à puer. On a des délais à respecter. » Il passe une main contre sa gorge, titille sa chair habitée d'une barbe négligée. Tout pensif, il poursuit, le ton évident, rapide mais intéressé, pour de vrai. Evidemment, on sait conserver les corps, les entretenir, mais pour l'image, on évite. Question d'éthique. Ou de principe. Tu vois le genre ? » Pause. Pour être certain de ne pas l'avoir perdue. Pas qu'il tienne à son confort auditif, qu'il se préoccupe de son rythme info-cerveau. Pas la moindre attention, il anticipe seulement les possibles pertes de mémoire. Les oublis sont humains mais pas sorciers. Et l'étourderie, y a rien de mieux pour le fatiguer. « Moi, ça m'ennuie, tous ces protocoles. Parce qu'au final, le corps... Enfin là aussi, tu dois bien imaginer la scène six pieds sous terre. Mais ça aussi, ça nous regarde pas. » Tracer des limites et s'y tenir, c'est un domaine dans lequel il excelle. Trier, classer, cataloguer - tout cela lui permet de se concentrer sur l'essentiel - lui-même. S'il avait le malheur de s'éparpiller, d'oublier les frontières, en deux semaines, il ne serait plus le même. Partisan de la routine, il abhorre l'idée de changer ne serait-ce qu'une idée erronée. Aaren préfère s'enterrer à grand coup de pelle d'opinions avariés plutôt que de faire face à la réalité. C'est un couard de première juste bon à se tailler des œillères confortables - et ça, il l'admet. C'est son système à lui. Il ne saurait exister autrement, et c'est trop tard maintenant. On ne le déprogrammera pas si facilement.

Il reporte son attention sur ladite McGregor, d'un coup d'œil lui intime un Vas-y, explore... ouvre, tâte, respire si ça te chante. « Déplacer les corps, c'est facile. Les ouvrir, les raccommoder, les embellir... c'est une autre histoire. Faut aimer. » Nouveau temps mort. Aaren croise ses bras contre son torse, menton levé. « Mais qu'est-ce qui me fait croire que t'as les tripes pour ça ? Hein, Sola ? McGregor ou pas, les purs se salissent rarement les mains, et surtout pas du sang d'inconnus déjà crevés. Parce qu'à eux, tu ne peux plus rien leur soutirer. »


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Jeu 27 Juil - 20:14
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Aaren Eames ∞ Séléné Grace


« Ni Himel ni Ifrinn. Rien que nous, my lady. ». La réponse était décevante au plus haut point ; non seulement Séléné découvrait que le croque-mort donnait un tout nouveau sens au mot désagréable, mais en plus, elle pouvait maintenant compter l'homme parmi les hérétiques. Un non-croyant, un détestable athée, de ceux prêts à mettre le monde à feu et à sang : pourquoi se retenir de commettre pêché sur pêché quand aucune punition divine ne nous attendait au tournant ? Elle se mordit la langue pour ne pas lourdement soupirer. Père m'en voudra vraiment si je lui coupe la langue. Mais... Juste un bout ? Non, mieux valait prendre son mal en patience. Peut-être qu'au fil du temps et de ses sermons, se montrerait-il moins réticent à l'idée d'un au-delà. Après tout, tout le monde n'avait pas la chance de grandir auprès de parents compréhensifs et bienveillants : on ne pouvait pas inculquer à tous le savoir contenu par les textes sacrés du Vetusta. Seuls quelques élus y avaient accès.

« Ma Dame », l'enjoignit Aaren. Elle reporta son attention sur lui et s'aperçut que le croque-mort ne trônait plus sur le comptoir, mais l'invitait maintenant à le suivre dans une autre pièce. Elle suivit, docile enfant, et ils débarquèrent dans le cœur d'acier des pompes funèbres. Là, le froid devenait plus mordant, l'odeur acide des produits toxiques, assez forte pour qu'elle en capte les fragrances nocives malgré son odorat entamé. Et la couleur semblait avoir été aspirée dans un tourbillon gris-béton, comme des joues trop pâles après une grosse frayeur. Séléné n'était pas bien certaine d'apprécier la pièce ; tout du moins, rien ne captait son attention suffisamment longtemps pour qu'elle en éprouve un quelconque intérêt.  « Il ne faut pas traîner, sinon ça commence à puer. On a des délais à respecter. », expliqua-t-il d'une manière beaucoup plus consciencieuse, comme si traverser cette porte l'avait de nouveau rendu professionnel. Toutefois, c'est lorsqu'il tapota une des tables qu'elle comprit réellement l'usage de cette anti-chambre mortuaire.

Il préparait les cadavres ici. Et soudain, ce petit carré immaculé, ces quatre murs qui renfermaient un peu de mobilier sommaire et beaucoup d'acier, devenait fascinant. « Evidemment, on sait conserver les corps, les entretenir, mais pour l'image, on évite. Question d'éthique. Ou de principe. Tu vois le genre ? ». Hochement de tête affirmatif, regard gourmand ; Séléné dévorait toutes les informations qu'il lui donnait, soudain aussi emportée par ces détails qu'il semblait lui-même l'être. « Moi, ça m'ennuie, tous ces protocoles. Parce qu'au final, le corps... Enfin là aussi, tu dois bien imaginer la scène six pieds sous terre. Mais ça aussi, ça nous regarde pas. ». Elle pencha la tête sur le côté. Curiosité morbide ou simple impulsion, elle pouvait certes imaginer, mais une part d'elle aurait souhaité le voir. Elle connaissait l'aspect d'un corps calciné par les flammes, les cendres et les chairs noircies qu'il laissait, mais celui d'un corps putréfié ? Aucune idée.

« Déplacer les corps, c'est facile. Les ouvrir, les raccommoder, les embellir... c'est une autre histoire. Faut aimer. ». Vraiment ? Il ne lui semblait pourtant pas bien difficile d'éventrer un vivant, pourquoi les complications commenceraient-elles avec un mort ? Ils bougeaient moins, pleuraient moins ; il n'y avait qu'à trancher la peau, déchirer les chairs. Rien d'infaisable si on était doté d'un minimum de force. Alors peut-être que les raccommoder s'avérait plus difficile, elle voulait bien le croire ; elle n'avait jamais été douée en couture. Mais les ouvrir ? Cela ressemblait à un jeu d'enfant. Quant à aimer le faire... eh bien, voilà des années que la mort ne la dérangeait plus. Elle ne l'aimait pas, ne la détestait pas non plus – la craignait peut-être un peu – mais elle vivait avec au quotidien et s'en acclimatait parfaitement.

Le croque-mort croisa les bras sur son torse, en une attitude qu'elle qualifia aussitôt de provocatrice, sans en connaître la raison. As-tu déjà oublié comment se tenait la Préceptrice, lorsqu'elle te mettait au défi de faire plus, toujours plus ? « Mais qu'est-ce qui me fait croire que t'as les tripes pour ça ? Hein, Sola ? McGregor ou pas, les purs se salissent rarement les mains, et surtout pas du sang d'inconnus déjà crevés. Parce qu'à eux, tu ne peux plus rien leur soutirer. ». Séléné fronça les sourcils. Peut-être aurait-elle dû protester contre cette dernière semi-accusation, s'indigner et tempêter que les McGregor ne possédaient pas une once d'envie ou d'avarice en eux – ils ne soutiraient rien ! –, mais ce fut autre chose qui la fit tiquer. Des tripes ? Cette expression prenait un peu de sens, sous le poids des mots qui avaient suivi, mais elle en restait intriguée. Les purs se salissent rarement les mains. T'as les tripes pour ça ? Les mots résonnèrent, leur écho s'amplifia, gonfla dans sa poitrine. Sous-entendait-il – pas si subtilement –  qu'elle n'oserait pas se salir les mains ? Ou qu'elle ne le voudrait pas ? Les tripes.

Brusquement animée d'une pulsion irrépressible, celle de remporter ce défi à peine voilé qu'il lui lançait, celle d'avoir les tripes, elle fouilla la pièce du regard, passant d'émerveillée à observatrice implacable. Les tiroirs qui s'alignaient contre le mur du fond, étincelants dans leur revêtement d'acier trempé, ressemblaient aux cavités de pierre que les Sœurs avaient elle-mêmes creusées pour entreposer les corps avant les bûchers. Ce souvenir, couplé aux regards et aux gestes d'Aaren dans sa présentation lugubre, la propulsèrent vers l'un d'eux. D'un coup sec, elle déplia la languette métallique puis ouvrit le compartiment, qui se déploya pour laisser place à un trou béant, au creux duquel reposait un corps immobile, allongé sur une plate-forme glacée. À son orteil livide, pendouillait un minuscule morceau de carton rectangulaire, sur lequel elle put lire les inscriptions David Thryam à l'encre noir.

Satisfaite, elle se saisit du plateau et le tira vers elle. Le corps blafard, fantôme nu à la peau molle, offrit à leur vue le spectacle d'une mort des plus exquisement banales ; gorge tranchée. Un classique à ses yeux. Et comme son épiderme n'accusait aucune cicatrice, preuve qu'Aaren n'avait pas encore daigné s'occuper du macchabée, elle se lança dans son projet.

Se retournant, elle s'empara d'un scalpel propre qui s'alignait avec d'autres ustensiles rutilants, puis fit de nouveau volte-face. Et avant qu'Aaren n'ait pu comprendre ce qu'elle comptait entreprendre, elle plongea la fine lame dans le ventre vide de l'homme et remonta jusqu'à sa gorge d'une traite. L'instrument s'avéra si affûté qu'elle ne marqua aucune pause. Au moins, elle savait à présent que le croque-mort possédait du matériel digne de ce nom qu'il entretenait convenablement.

Quand elle eut fini sa basse besogne, elle reposa le scalpel derrière elle, puis engouffra ses doigts dans la brèche de chair. Les appliquant en éventail le long des parois poreuses, elle serra ensuite et écarta d'un coup brusque. Elle entendit un craquement sinistre mais aucune goutte de sang ne s'échappa de la carcasse déjà exsangue depuis bien longtemps. « Désolée, David Thryam. », murmura-t-elle en exposant l'intérieur de sa poitrine à l'air nu.

Elle fourra son bras dans la cavité béante et fouilla jusqu'à saisir ce qui lui semblait être des boyaux. Finalement très semblables à ceux d'animaux, songea-t-elle, juste avant de les retirer. Entre ses doigts glissèrent de longs tuyaux blanchâtres, qu'elle continua de tirer, tirer, tirer, jusqu'à en avoir une longueur suffisamment satisfaisante. Ceci fait, un large sourire pétri d'innocence coula sur ses lèvres. « Voilà, j'ai les tripes ! », annonça-t-elle victorieuse. Elle haussa les épaules, puis ajouta : « Je vous montrerais bien les miennes, mais j'en ai encore besoin. ».

Elle laissa retomber les viscères à l'intérieur du poitrail puis replongea le bras à l'aventure, parmi un amas de chair, de muscles et de nœuds visqueux. Quand elle referma le poing sur une pomme moelleuse, elle l'arracha de ses câbles nerveux et fit de nouveau volte-face vers Aaren. Lui présentant un cœur redevenu presque blanc, sa moue changea, passant de glorieuse à amusée. « Est-ce que vous voulez aussi du cœur ? ». Enfonçant ses doigts dans l'organe, minuscule morceau de vie séchée, elle s'avança vers le croque-mort et, sans se départir de son sourire, honnête et franc, lui assura d'un ton plus familier – puisqu'il se le permettait avec elle : « Tu peux me prendre pour une idiote, Aaren Eames, tu peux me considérer comme la pire des incapables. C'est ton droit. ». Et ce ne serait pas tout à fait faux. Elle ne savait pas comment fonctionnait un commerce comme les pompes funèbres, n'avait aucune idée de la marche à suivre pour s'occuper des cadavres. Mais ce dont elle ne voulait pas qu'il doute, c'était bien du fait qu'elle pouvait se salir les mains. Autant de fois que nécessaire. « Mais sache que, vous, les hommes », avoua-t-elle sans rancœur et tout à fait sérieuse, « je ne vous vois que comme des sacs à viande. Ouvrir, évider, trancher ; je ne suis pas facilement impressionnée. ».

Plantée à un mètre de lui, son sourire s'élargit, creusant des fossettes adorables à ses joues. Et soudain, elle changea du tout au tout, la gosse sans enfance reprenant les commandes et déclamant : « Attrape ! », avant de lancer le cœur en l'air.
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Il passa les trois mois suivants à s'apitoyer sur son sort, succombant à une dépression qui frôlait le suicidaire. Mais son nihilisme de fraîche date lui refusait même cette solution. S'il n'existait aucune chose pour laquelle vivre, ne s'ensuivait-il pas qu'aucune ne méritât qu'il mourût pour elle ? – Hellraiser. ©️lazare.
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Dim 30 Juil - 2:28
séléné grace & aaren eames
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Toute fébrile, Sola se précipite en direction des casiers mortuaires. Elle sélectionne une trappe au hasard, et après en avoir fait jouer le loquet, extirpe un cadavre à la mine fort pâle. Son empressement l'intrigue. Quel est ce besoin irrépressible de tâter du mort ? Motivée la recrue. La distance ne gêne pas tant la vue d'Aaren, qui devine de courtes boucles d'or terni, un torse fort et une barbe pourrissante. D'ordinaire, on rase le défunt par souci d'hygiène, mais Aaren avait sans doute mieux à faire. Et puis, ça lui donne une dégaine de guerrier grec. Ne manquent plus que la toge et les sandales plates, et des mornilles pour payer le passage Terre-Ifrinn. L'épopée funèbre. La dernière.

L'attitude morgueuse d'Aaren s'effrite à mesure que la demoiselle charcute le corps blanc. Frénétique, elle s'empare d'ustensiles qu'il discerne à peine. C'est une histoire de secondes pour qu'une ligne rouge apparaisse, du ventre à la pomme d'Adam. Tracé parfait. Pas une larme écarlate pour illustrer le geste expert. Le corps de Thryam a rendu l'âme il y a bien trop longtemps. Cinq jours pour être exact. 120 heures qu'il patiente au frais.

Sola s'affaire, rapide et attentive. Des bruits horribles parviennent à l'oreille d'Aaren - le corps muet semble gazouiller sous les outils de la McGregor déchaînée. Elle tire, sectionne, brandit. « Voilà, j'ai les tripes ! » Fierté dans la voix. Trophée agité. C'est pas une demeurée, c'est une cinglée. Et revoilà sa bouche puérile qui s'anime pour délivrer une réflexion stupide au ton placide. « Je vous montrerais bien les miennes, mais j'en ai encore besoin. ». Soupir. Une ronde silencieuse emplit l'espace grisâtre. Ouais, garde-les. Si tu m'exaspères, je me priverai pas de leur faire prendre l'air. Menace traduite par un murmure ; « Ma parole... T'es complètement frappée. ». Ça aussi c'est génétique ? Elle triture à présent au niveau des poumons, s'en donne à cœur joie - on ne peut pas lui retirer ça - et exhibe l'organe blanchâtre entre ses doigts écarlates. « Est-ce que vous voulez aussi du cœur ? ». Ses yeux ont beau merder, son ouïe demeure parfaitement fonctionnelle. Et dans sa voix, il croit déceler une moquerie déguisée. Enfant terrible, enfant boucher. C'est ça qu'on lui a refilé ? Non, il n'en veut pas de ce cœur moisi, le sien lui suffit.

Elle s'approche, l'air grave, enserrant l'organe trop pâle. « Tu peux me prendre pour une idiote, Aaren Eames, tu peux me considérer comme la pire des incapables. C'est ton droit. » Apostrophe négligée qu'il relève à peine. Évidemment qu'il la juge comme bon lui semble. Incapable ? Non. Intenable ? Plus probable. Et sans se départir de son calme, elle déclare ; « Mais sache que, vous, les hommes, je ne vous vois que comme des sacs à viande. Ouvrir, évider, trancher ; je ne suis pas facilement impressionnée. ». Des sacs à viande. Soit. Pourquoi pas ! Lui qui s'attendait à une remarque sur son entrejambe... le voilà presque déçu. Mais on ne peut plus prévenu. « Alors qu'est-ce qui t'impress... - Attrape ! », qu'elle s'exclame, espiègle. Pas le temps de réagir. Le moteur de feu David fond sur lui, rencontre son avant-bras, s'écrase sur le carrelage froid. A quoi tu joues ? Aaren s'écarte, observe le projectile à terre, le ramasse de mauvaise grâce.

Une fois ses phalanges recroquevillées sur le coeur aride, c'est au tour du visage d'Aaren de se décomposer. L'odeur lui fout un de ces hauts-le-coeur ! Médusé, il observe la suppléante enjouée. C'est comme s'il avait pressé le bouton enfant furie.  Ne reste plus qu'à s'excuser. Cette idée lui fout presque la nausée. « D'accord, je ne remettrai plus tes aptitudes en question. » C'est maugrée, mais concédé. Il presse l'organe, s'avance pour présider la table, le cadavre soigneusement éventré. « Sola... Ce gars, ça faisait seize ans que je le connaissais. » Voix abattue, incrédule par le carnage auquel la belle s'est adonné. Pour une fois, il ne simule pas. Il a l'impression qu'elle ne s'est pas contentée de vider Thryam mais aussi son propre estomac. Ce qui lui fait penser qu'il rendrait volontiers son déjeuner.

Aaren cligne des yeux, ennuyé par son propre silence. Cogiter et causer, chez lui, ce n'est pas compatible. C'est même impossible. Il reprend, pressant. Désireux de rattraper le temps. « C'est un gosse qui a sonné l'alerte, y a plus d'une semaine. La dépouille provient d'Havering. Dans le Quatre. Je doute que t'y aies mis les pieds. Les autorités ont classé l'affaire en trois jours. Mais elles se sont plantées. J'peux te l'assurer. » Il l'observe, dubitatif. Lui raconter sa vie - aussi barbante soit-elle - n'est pas l'idée du siècle. Il ne peut se résoudre à lui déballer le passé de Thryam. Qui n'a rien d'extraordinaire, mais le concept de partage l'effraie. « J'habite dans ce coin. Je parle d'Havering, si t'as suivi. C'est paisible d'ordinaire - rasoir même. Beaucoup de familles, des parcs. La banlieue. Mais un mioche qui découvre ça... t'imagines un peu le choc ? Il avait pas dix ans. Pause. Il s'égare. Parce que son avis, il s'en carre. David, c'était un ami. Et je pense pas qu'il méritait que tu le mutiles... ainsi. » Le mal est fait. Il ne reste plus qu'à foutre les organes pêle-mêle dans les cavités ravagées. Rien de sorcier.

« Entre nous, je sentais qu'il finirait comme ça. » De sa main occupée, il passe vivement son pouce contre sa gorge à elle. L'ongle râpe la chair de gauche à droite, sans pour autant laisser trace de son passage. Moue pensive. Non, il n'en dira pas plus. Il se contente de jeter le coeur de Thryam dans ce qui reste de ce dernier et reprend, sérieux retrouvé. « Mais là, c'est toi que ça regarde pas. J'espère que tu couds aussi bien que tu découpes. Faut pas que ça se remarque. Au pire, je t'apprendrai. Tu risques de reprendre l'enseigne quand... » Silence abrupt.

Spoiler:
 


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Jeu 3 Aoû - 15:29
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Aaren Eames ∞ Séléné Grace


Le cœur roula sur lui-même, pirouette aérienne improvisée qui fit bondir son propre cœur d'excitation. Lancé dans une question, même les mots du croque-mort s'affaiblirent quand il vit la figure de l'organe usé. Il tournoya, tournoya, tournoya pendant ce qui lui sembla une éternité, le monde entier s’accommodant soudain à cette scène qu'elle percevait au ralenti. Puis le muscle défraîchi retomba mollement sur le bras d'Aaren Eames avant de finir sa course sur le carrelage blanc dans un bruit de succion sec. Comment rater un tel lancer ? Ce qu'il lui avait confié à propos d'être son chien d'aveugle était donc bel et bien à prendre au premier sens ? Son croque-mort était incomplet ? Aveugle ? Ou du moins, en phase de le devenir.

Séléné voulut immédiatement s'avancer, observer, sonder les yeux inefficaces de l'homme. Essayer d'y détecter des anomalies ou des étrangetés, curiosité maladive de l'inconnu, mais il se baissa avant qu'elle n'ait eu le temps de faire un pas. Il ramassa le cœur sans entrain et il lui sembla que son visage devenait fort pâle, presque aussi translucide que l'organe entre ses doigts. « D'accord, je ne remettrai plus tes aptitudes en question. », lui concéda-t-il. Son sourire s'élargit de ravissement, mais il s'éteignit progressivement quand Aaren s'approcha de la carcasse éventrée. « Sola... Ce gars, ça faisait seize ans que je le connaissais. », lui expliqua-t-il.

Séléné avait fait quelque chose de mal. La voix sans écho d'Aaren le lui disait, le découragement dans ses yeux morts le lui hurlait, même ses épaules légèrement tombantes la blâmaient. Rien à voir avec l'orgueil dont il avait si bravement fait preuve jusqu'à présent. Ne restait plus que l'ombre du croque-mort, aussi blafarde qu'un fantôme impalpable, presque aussi pâle que le cadavre sans âme de David Thryam. Alors, elle comprenait qu'elle n'aurait pas dû faire ce qu'elle venait de faire ; son attitude le lui assurait. Toutefois, elle ne saisissait pas de quoi il recourrait. Il l'avait connu, très bien, mais il n'était plus. Alors pourquoi l'observait-il comme si elle venait de l'assassiner une seconde fois ?

« C'est un gosse qui a sonné l'alerte, y a plus d'une semaine. La dépouille provient d'Havering. Dans le Quatre. Je doute que t'y aies mis les pieds. Les autorités ont classé l'affaire en trois jours. Mais elles se sont plantées. J'peux te l'assurer. », reprit-il après quelques secondes de silence. Elle essaya de comprendre les subtilités de ces révélations, mais beaucoup de nuances lui échappèrent. Les autorités était sans doute un terme pour désigner les aurors ou la police moldue. Il y avait donc eu un crime de commis. La gorge tranchée aurait dû la mettre sur la voie mais pour elle, ce genre de blessure s'avérait aussi banale qu'un rhume. Mais pourquoi affirmait-il qu'elles s'étaient trompées sur la fermeture de l'enquête ? Était-il impliqué dans l'affaire ? Comment être au courant de quoi que ce soit sinon ?

Elle fronça les sourcils, quelques interrogations chatouillant le bout de sa langue mais avant qu'elle n'ait eu la possibilité d'étancher sa curiosité, il expliqua, plus précis, la voix toujours aussi blanche : « J'habite dans ce coin. Je parle d'Havering, si t'as suivi. C'est paisible d'ordinaire - rasoir même. Beaucoup de familles, des parcs. La banlieue. Mais un mioche qui découvre ça... t'imagines un peu le choc ? Il avait pas dix ans. ». Non, elle n'imaginait pas, à vrai dire. Tout le monde acceptait le concept de vie, mais pourquoi personne ne semblait envisager comme naturel celui de mort ? L'un n'allait pas sans l'autre. Certes, se faire surprendre par un cadavre en pleine balade n'était pas des plus agréables, mais en être choqué ou bouleversé ? Séléné avait vu son premier corps à l'âge de quatre ans, alors elle ne pouvait l'envisager, non. Et cette sensation de ne pas pouvoir se glisser dans la peau d'un autre lui donna le sentiment de ne pas être à sa place. Décalée. Anormale.

Elle se tut, ne voulant pas ajouter de nouvelles maladresses, et il en profita pour confesser : « David, c'était un ami. Et je pense pas qu'il méritait que tu le mutiles... ainsi. ». Oh. C'était donc cela son erreur ? Le croque-mort avait été proche de celui qui habitait jadis dans le costume de chair qu'elle avait découpé. Et ce costume lui rappelait toujours David Thryam, même s'il demeurait à présent complètement vide. Elle baissa les yeux, les laissa vagabonder quelques instants sur le carrelage propre, puis elle finit par se défendre à voix basse, comme une enfant qu'on aurait grondée : « Ce n'est pas David que j'ai mutilé, David Thryam est déjà loin de nos pensées et de nos autres considérations. Peut-être plus heureux, peut-être pas. Ce que j'ai coupé ici, ce ne sont que de la chair et des muscles. ». Mais pressentant que cette réponse ne conviendrait guère à Aaren, elle ajouta précipitamment, relevant ses prunelles graves vers lui : « Mais tu tenais aussi à son enveloppe charnelle. Ça te rappelle son souvenir, ça te rappelle lui. Je suis désolée, je ne recommencerai pas. ». Même si ça l'avait beaucoup amusée. Elle ne voulait pas contrarier son employeur et son père comptait sur elle pour garder ce travail. Donc, plus de barbarie, plus de faux-pas. Elle se glissait à nouveau dans la peau de Sola McGregor, gamine sérieuse, calme et travailleuse.

« Entre nous, je sentais qu'il finirait comme ça. ». Il fit un geste tout contre sa gorge pour mimer la mort de son ami. Une confession quelque peu déroutante, qui lui fit froncer les sourcils. Encore une fois, pour pressentir que quelqu'un finirait la gorge tranchée, il fallait que des crimes soient commis, ou plutôt, des pêchés. Aaren était-il embarqué dans une histoire qui lui coûterait son âme ? Peu importe, ça ne te regarde pas, reste concentrée dans ton rôle. Plus de faux pas. Mais peut-être pouvait-elle encore l'aider à trouver son salut ? Dès que cette pensée lui traversa la tête, elle se téléporta jusque sur sa langue et la question, simple, sortit d'elle-même : « Pourquoi ? Pourquoi pensais-tu qu'il finirait ainsi ? ». Pas d'accusation dans la voix, ni d'agressivité, juste une pure curiosité.

« Mais là, c'est toi que ça regarde pas. J'espère que tu couds aussi bien que tu découpes. Faut pas que ça se remarque. Au pire, je t'apprendrai. Tu risques de reprendre l'enseigne quand... ». Très bien, le message lui semblait assez clair. Mêle-toi de ce qui te regarde et répare ton massacre, avant de fourrer ton nez dans un autre bordel. Ce qu'elle fit sans peine, son intérêt volage se tournant vers un autre cheval de bataille. « Tu seras aveugle. Pour de bon. », compléta donc la demi-McGregor quand le croque-mort ne put se résigner à terminer sa phrase. Elle ne lui dit pas qu'elle ne reprendrait jamais l'enseigne, que son père ne lui permettrait pas, qu'elle était faite pour tuer et rien d'autre. Elle ne lui dit pas que son futur se résumait à la mort, et pas la jolie mort faite d'embaumement et de points de suture, mais celle crasse, qu'elle amenait jusqu'aux autres. Elle ne lui dit pas, parce que ça la rendait triste, quelque part. Mais elle tourna toute sa curiosité vers cette maladie qu'elle ne connaissait pas et qui ressemblait en tous points à une malédiction. La perte progressive de sa vision.

Elle s'approcha d'Aaren et leva un bras jusqu'à son visage. Écartant quelques mèches qui l'empêchaient de faire son examen tranquillement, elle le mitrailla de questions. « C'est vraiment fascinant. Est-ce que tu peux me voir ou je ne suis déjà plus qu'une image brouillée ? C'est pour ça que tu n'a pas réussi à rattraper le cœur ? Non, pardon, n'en parlons plus. Est-ce que tes yeux vont devenir blancs ? J'aimerais beaucoup voir ça. ». Séléné, elle était comme ça, quand elle se laissait aller à l'enthousiasme, elle parlait sans réfléchir, agissait sans réfléchir. Crachant de nouvelles maladresses comme un Petit Poucet qui aurait voulu être retrouvé par l'ogre.
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Il passa les trois mois suivants à s'apitoyer sur son sort, succombant à une dépression qui frôlait le suicidaire. Mais son nihilisme de fraîche date lui refusait même cette solution. S'il n'existait aucune chose pour laquelle vivre, ne s'ensuivait-il pas qu'aucune ne méritât qu'il mourût pour elle ? – Hellraiser. ©️lazare.
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Jeu 17 Aoû - 14:59
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blanc sur noir
Ou bien noir sur blanc

« Ce n'est pas David que j'ai mutilé. (…) Ce que j'ai coupé ici, ce ne sont que de la chair et des muscles. ». Aaren est parcouru d'un frisson contrarié. Lui-même accorde peu d'importance à ses semblables - des cadavres animés, pour la plupart - mais lorsque l'affaire prend une tournure plus personnelle... Il reconsidère certaines choses. Pas toutes. Quelques unes. « Mais tu tenais aussi à son enveloppe charnelle. Ça te rappelle son souvenir, ça te rappelle lui. Je suis désolée, je ne recommencerai pas. ». Ça lui coûte de le reconnaître, mais elle a raison, la petite rousse explosive. Il attache certainement trop d'importance à l'aspect des gens, qu'il perçoit avec sa vision décadente ; leurs formes grossières, la façon dont leurs visage est agité de tics. Il enregistre les doigts noués d'anxiété, les yeux qui jettent des coups d'œil rapides, les postures alertes et affables, les démarches incertaines comme pleines de zèle. Des tous petits riens confèrent à une personne son originalité. Et même si le genre humain ne lui fait ni chaud ni froid, il admet être attentif aux détails qui animent tous ces cadavres en devenir. C'est fascinant de les voir se mouvoir, courir, hurler, et le lendemain pouvoir les observer à sa guise, couchés, raides morts, livides, voyageant vers on ne saura jamais vraiment où. Un beau contraste, dont il profite tant qu'il est encore temps.

« Pourquoi ? Pourquoi pensais-tu qu'il finirait ainsi ? ». Coup d'oeil mi hautain mi navré. Il pourrait tout déballer, ça oui, mais elle le balancerait illico presto et se faire coffrer n'est pas dans ses projets. Elle ne saura pas, c'est décidé. Pas aujourd'hui, pas tout de suite. Plus tard, il lui racontera. Quand on ne pourra soupçonner un pauvre aveugle de tels actes, ce sera la rapporteuse qui passera pour une allumée. Il laisse le silence lui répondre, peu désireux de se flinguer si rapidement.

« Tu seras aveugle. Pour de bon. » Aveugle. Il sent son dos se raidir, son ventre se contracter sous l'effet. Le constat est trop fort, trop clair, trop réel. Aaren se tend, se mord la joue. Le fait est évoqué en toute simplicité, Sola semble comprendre sa fatalité. Aveugle. Il aimerait lui cracher au visage qu'elle ferait mieux de se taire plutôt que de remuer le couteau dans la plaie. Qu'elle raconte des sornettes, qu'il se porte comme un charme et qu'à part être une épine dans son pied, elle n'est personne et ferait donc mieux de la boucler. Aveugle. C'est vrai. Terriblement vrai. L'écharde a – encore – raison et ça le fout dans un de ces états... Et le constat sans appel ne lui inspire rien. Rien de bien, car le mal est là et s'apprête à s'abattre. Alors il se tait, aussi immobile que David, le teint bientôt semblable à celui de feu son ami. Il ne veut plus bouger, ni penser, et encore moins l'affronter, elle, la McGregor aux yeux perçants et aux affirmations plombantes. Il ne sera pas de taille, juste bon à faire le dos rond en s'éclipsant à reculons, loin de cette vérité écrasante.

Il est toujours raide comme un bout de bois lorsqu'elle s'avance d'un pas leste. Il aimerait la rejeter, la foutre vivante dans une housse mortuaire et l'oublier. Un luxe qu'il ne peut (hélas) pas se permettre. Il a trop besoin d'elle. Alors il se laisse faire, se contracte davantage lorsqu'elle frôle sa boîte crânienne et l'impolitesse. « C'est vraiment fascinant. Est-ce que tu peux me voir ou je ne suis déjà plus qu'une image brouillée ? C'est pour ça que tu n'a pas réussi à rattraper le cœur ? Non, pardon, n'en parlons plus. Est-ce que tes yeux vont devenir blancs ? J'aimerais beaucoup voir ça. ». Soupir. Sa franchise le fatigue. C'est simple, elle condense tout ce qu'il n'est pas. Sincérité ? Excitation ? Curiosité ? Il connaît ! C'est juste qu'il choisit de ne pas l'appliquer. Ceci dit, il est plus aisé de se retrancher derrière des « je pourrais » lorsqu'en vérité, on ne fait rien. Et Aaren, c'est un spécialiste dans la matière.

« Tu n'es pas bête, Sola McGregor. Pas bête du tout, même. Je le reconnais. Mais Merlin c'que tu parles ! Il s'écarte un petit peu, le contact prolongé n'étant pas sa tasse de thé. Distance retrouvée, il ajoute d'une traite, le ton inutilement accusateur. Je devrais te congédier, t'as aucune retenue et tu dis tout ce qu'il ne faut pas. Les excuses ça fait pas tout. » La vérité ici, il faut l'ignorer. L'évidence n'est pas à souligner - le mieux à faire, c'est l'enfouir six pieds sous terre. Mais ça, il ne lui dit pas. L'exprimer à haute voix, c'est reconnaître qu'il se voile la face. Il lui confie simplement ; « J'en sais rien, Sola. Tu bouges trop. Je dois pas être le premier à te le faire remarquer, j'me trompe ? Enfin... Je t'entends plus que je n'te vois. T'es ni floue ni distincte. Mais je te préfère de loin, parce que de près je vois moins bien. » C'est presque un compliment. Il aurait pu lui glisser qu'il l'aimait trouble. Il songe à ses yeux, se masse les tempes et marmonne doucement, « Mais, blancs ou pas, tout sera noir, au final. » Il aimerait être fort, se montrer fort, mais il ne peut pas. Et sous les néons blafards, il s'avance de quelques pas. Se tord les mains, jette un regard en direction de David, reporte son attention sur elle : « Je veux pas vivre comme ça, Sola. ». Ce n'est pas vraiment un appel à l'aide, c'est une pensée sincère jetée en l'air. Deux témoins pour assister à sa confession, une McGregor qui débarque de nulle part et le cadavre de Thryam. Je crois que je préférerais finir comme lui que de vivre dans le noir.


We used to play pretend, give each other different names, We would build a rocket ship and then we'd fly it far away, Used to dream of outer space but now they're laughing at our face Saying, “Wake up, you need to make money!
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